Post-exotiques, post-apocalyptiques, prophétiques : constellations communautaires autour d’Antoine Volodine

(2011) Visions de la communauté qui vient / Visions of the ‘Coming Community’ — Location: Birkbeck College (University College London) (30.June.2011)

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L’événement de la rentrée littéraire 2010 peut sans conteste être attribué à l’exploit réalisé par Antoine Volodine : affirmer avec force l’existence d’une communauté d’auteurs imaginaires par la publication, chez trois éditeurs différents (Seuil, L’Olivier, Verdier), sous trois pseudonymes différents (Antoine Volodine, Manuela Draeger, Lutz Bassmann), de trois romans (Écrivains, Onze rêves de suie, Les aigles puent), qui viennent accroître le répertoire bibliographique des œuvres post-exotiques. Les trois livres forment donc une manière de trilogie, à ce détail près qu’aucun des trois n’est assumé par la même figure auctoriale. À l’instar de Renaud Camus, de Jean-Baptiste Botul, de Jean-Bertrand Puech, Volodine s’invente une « communauté d’auteurs imaginaires » (selon les quatrièmes de couverture présentant brièvement les « auteurs » Bassmann et Draeger) qui s’arrachent à la fiction pour investir un pan de la réalité. Toutefois, une différence majeure distingue la communauté imaginaire volodinienne. Une rigoureuse étude de la relation unissant l’auctorialité et les structures narratives permettra de clarifier le concept de « communauté imaginaire » tel que les romans de Volodine – et cette dernière trilogie en particulier – le mettent en œuvre. Dans l’univers de Volodine, le ghetto est la principale forme d’organisation sociale et modèle le principe de communauté à l’œuvre, au même titre que l’atmosphère post-apocalyptique dans laquelle les personnages évoluent. À partir d’une revisitation du concept d’apocalypse, il devient possible de dégager des pistes pour la compréhension de l’œuvre entière de Volodine et de ses hétéronymes post-exotiques. L’écriture post-exotique se doit de se doter d’un cadre post-apocalyptique, car elle met en scène la conséquence d’une révélation (apocalypse signifiant étymologiquement révélation, dévoilement), d’une mise à nu de ce qu’est l’humain même et de son besoin de se rassembler, a fortiori lorsqu’il est cerné par l’échec et la destruction. Chez Volodine, tout personnage d’écrivain se double, en définitive, d’un « nous » qui lui confère le soutien nécessaire à ce que sa voix solitaire devienne solidaire et colporte – bon an, mal an – le témoignage de cette solidarité devant le malheur. À cette aune, le post-exotisme n’est pas seulement un mouvement littéraire imaginaire, il est le ferment d’une communauté d’écrivains dont les existences proclament haut et fort la nécessité, en notre monde contemporain, d’écrire en résistance contre la menace d’anéantissement de notre humanité, entre rassemblement des hommes et caractère irréductible de l’humain.
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Meurée, C. (2011). Post-exotiques, post-apocalyptiques, prophétiques : constellations communautaires autour d’Antoine Volodine. Visions de la communauté qui vient / Visions of the ‘Coming Community’, Birkbeck College (University College London). https://hdl.handle.net/2078.5/229140