Une topologie du sacré : l’insertion du dévot dans l'espace pictural chez les Primitifs flamands

(2008) Colloque “Les espaces imaginaires dans les systèmes religieux” — Location: Liège, Université de Liège (10.April.2008)

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L’art religieux de la fin du Moyen Âge inclut fréquemment, on le sait, des portraits de dévots en prière. S’il s’agissait initialement de portraits de princes et de souverains, une amplification se produit dans la peinture flamande du XVe siècle, où sont figurés nobles, bourgeois et membres du clergé régulier ou séculier. Ceux-ci donnent ainsi une forme tangible à leur aspiration à un contact intime avec le divin, éventuellement sous la protection de saints patrons. Faisant valoir ces gages de leur piété, ils expriment aussi leur espoir de salut dans l’au-delà. Enfin, ils laissent un témoignage, qu’ils espèrent relativement durable, de leur passage sur terre. Ils n’hésitent pas à affirmer leur identité, à arborer les attributs de leur réussite sociale et de leur prospérité. Le cas échéant, ils se font accompagner de leur progéniture. L’analyse des œuvres où ils apparaissent permet de bien cerner cette pluralité de leurs motivations, non exempte d’ambiguïtés. Si l’attitude des dévots portraiturés est souvent la même – ils sont figurés à genoux, les mains jointes ou tenant un livre de prière – la place accordée à leur effigie dans les œuvres peut varier de manière considérable et très significative. Non seulement la structure matérielle des œuvres (souvent composées de plusieurs panneaux dont certains sont peints sur la face et au revers) mais aussi l’organisation symbolique de l’espace pictural permettent aux artistes de créer de subtils effets de différenciation, de gradation, voire de fusion entre l’ici-bas du donateur et le monde sacré, situé hors du temps, auquel appartient l’objet de sa dévotion. A cet égard, les deux cas extrêmes pourraient être respectivement le Triptyque des deux saints Jean de Hans Memling, où les commanditaires en prière peints au revers des volets se voient de facto exclus de la Sainte Conversation qui occupe la face du panneau central, et le Triptyque de Pierre Bladelin de Rogier van der Weyden, où le donateur se recueille devant le Christ nouveau-né, au centre du triptyque ouvert. Ce dernier exemple illustre l’intrusion maximale, l’ « intégration transgressive » pour reprendre l’expression de Brigitte d’Hainaut-Zvény, du dévot dans l’espace sacré de la représentation. Pour aborder la question – fondamentale quand elle se porte sur la peinture des Primitifs flamands – des « degrés de réalité », de la nature réelle et/ou métaphysique de ce qui est donné à voir, l’étude des œuvres est ici combinée avec celle des traités dévotionnels de la même époque, notamment ceux produits dans les cercles de la Devotio moderna. Le rapprochement entre sources visuelles et littéraires invite à considérer cette production picturale sous un angle nouveau, de la comprendre non seulement comme un témoignage de piété mais aussi comme un support destiné à favoriser la prière. Nous proposerons ainsi de nouvelles interprétations quant au rôle et à la signification de ces images dans les processus de méditation développés à la fin du Moyen Âge
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Citations

Falque, I. (2008). Une topologie du sacré : l’insertion du dévot dans l’espace pictural chez les Primitifs flamands. Colloque “Les espaces imaginaires dans les systèmes religieux”, Liège, Université de Liège. https://hdl.handle.net/2078.5/191649