Dans ce texte, nous discutons ce que signifie, dans la perspective du langage ordinaire proposée par John Austin, se comprendre, partager un sens, qui par là même se révèle – qu’il l’ait été précedemment ou non – commun. Peut-on identifier, dans une experience d’interlocution, “un sens” qui serait partagé? Cette idée se heurte à la critique du mythe de la signification realisée, notamment, par Austin: il n’y a pas, associés à nos énoncés, des sens qui les accompagneraient et pourraient en être séparés, pour être réutilises et réemployés tels quels dans d’autres énonciations. Pour autant, refuser l’idée que, lorsque nous nous parlons, nous partagerions un sens dôté d’une forme d’objectivité semble devoir avoir des conséquences sceptiques graves, comme peut le révéler l’analyse du débat entre Strawson et Austin sur la question de la vérité. Dans notre texte, nous posons ce problème à partir de l’analyse de la critique austinienne du concept de signification, et de son débat avec Strawson puis nous montrons comment Austin nous permet de penser que, lorsque nous nous parlons, nous nous entendons bien sur quelque chose – un sens – , qui dispose d’une forme d’objectivité, et ce sans céder à la moindre illusion idéaliste, ni à un quelconque mythe de la signification. Il serait possible, en somme, de penser une communauté du sens, sans être coupable d’aucune hypostase de celui-ci.
Roux, J.-M. (2019). De quoi parlons-nous ? Les modalités contextuelles du partage du sens selon John L. Austin. In Cislaru, Georgeta et Nyckees, Vincent (ed.), Le partage du sens. Approches linguistiques du sens commun (pp. 115-132). Iste. https://hdl.handle.net/2078.5/236983