La scène d'atemporalité dans le récit contemporain de langue française : inventer l'envers du temps

(2009)

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Details

Authors
Supervisors
Piret, Pierre
;
Michaux, Ginette
Abstract
À l'époque où les repères symboliques humains évoluent si vite que le temps semble s'être lui-même accéléré, on peut constater l'émergence d'un nouveau topos littéraire propre à la seconde moitié du XXe siècle. Ce topos consiste en une scène narrative pendant laquelle le temps paraît se suspendre et les personnages connaissent un instant d'éternité. Pour rendre compte d'un tel phénomène, il importe de mettre l'époque contemporaine en perspective des mutations symboliques touchant le temps et sa conception depuis deux siècles. Pour une époque marquée "et sans doute identitairement fondée" par le défaut d'appartenance qu'ont tenté de combler, dans le désordre, les crises nationalistes ou régionalistes héritées du Romantisme, les agglutinations autour de traits, où se confondent propriété qualitative et propriété matérielle que suscitent les diverses modes dont l'éphémère fait tourner la machine capitaliste, la course à l'acquisition d'une sagesse qui puisse battre en brèche l'asphyxie du temps personnel compilé par le rythme industriel du quotidien au XXe siècle devient une nécessité vitale de contre-balancement de ce rythme. Ainsi, si le suspens du temps figure parmi les figures les moins bien étudiées de la théorie ou de l'histoire littéraires, sa nouvelle prégnance, chez des écrivains aussi variés qu'inattendus, démontre une mutation qui modifie le cours de la théorie aussi bien que de l'histoire littéraires. Il relève d'une invention (au sens étymologique), au même titre que de nombreuses découvertes qui ont révolutionné la façon de percevoir et de conceptualiser le temps et la temporalité (la Révolution française, l'invention de la photographie, du cinéma, de la psychanalyse, la découverte de l'espace-temps par la théorie de la double relativité, la mécanique quantique, les événements historiques de la seconde guerre mondiale qui ont changé la face du monde : les camps de concentration et la bombe atomique, les mutations politiques et sociales). L'effet que peut produire l'art est avant tout celui d'une structuration symbolique. La scène d'atemporalité, miroir du sujet lecteur en quête de devenir, est également miroir de la représentation. La scène d'atemporalité, parce qu'elle crée un moment de type épiphanique de coïncidence de soi à soi, met en évidence l'impossible identité à soi-même et l'impossible identité de soi et de l'autre. Outre le fait qu'elle pose la question de l'identité, elle fait également résonner la problématique "urgente dans le monde contemporain" de la communauté. En effet, ce topos met en scène une manière d'équilibrer, pour le sujet, sa finitude avec son désir d'éternité. Le premier chapitre cerne les contours théoriques de l'objet d'étude. À la suite d'un recadrage historique et conceptuel (Ric ur, Bakhtine, Déotte), ce chapitre vise à établir la nécessité humaine d'un équilibrage symbolique entre fini et infini, entre temps et éternité. Le deuxième chapitre jette les bases du topos en légitimant la valeur conceptuelle du terme « atemporalité » et en explorant minutieusement chaque métaphore susceptible de créer l'effet de temps suspendu généré par la scène. Le troisième chapitre retrace dans un même mouvement l'histoire littéraire et l'histoire des idées de la Révolution française à la seconde guerre mondiale, selon la perspective du rééquilibrage symbolique perpétuel entre fini et infini. Le quatrième chapitre oppose les prémices de la scène d'atemporalité à travers deux exemples majeurs (Proust et Woolf) aux ultimes mutations dont la contemporanéité littéraire se révèle tributaire. Le cinquième et dernier chapitre propose une analyse de chacune des scènes d'atemporalité contenues dans les oeuvres du corpus (La vie mode d'emploi de Georges Perec, L'herbe de Claude Simon, L'appareil photo de Jean-Philippe Toussaint, Vie secrète de Pascal Quignard, La passion Savinsen de François Emmanuel, Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras).
Affiliations

Citations

Meurée, C. (2009). La scène d’atemporalité dans le récit contemporain de langue française : inventer l’envers du temps. https://hdl.handle.net/2078.5/64713