Le diagnostic a révélé une série d’occupations qui s’étendent de la Protohistoire ancienne à la période moderne. La première phase est illustrée par du mobilier recueilli dans des colluvions ou en position résiduelle ainsi que dans une fosse, datée de la fin du premier âge du Fer ou de La Tène ancienne. C’est ensuite à la toute fin de la Protohistoire récente que s’établit une série de trois enclos de taille différente. Deux de ces enclos avaient été repérés lors des prospections menées par Roger Agache dans les années 70. La fonction de ces enceintes reste à déterminer même si les rejets cumulés dans les fossés laissent présager de la présence d’un habitat. Cette installation est associée à une vaste zone de presque 3000 m² où s’accumulent des rejets de briquetages issus d’une production de sel ignigène d’origine marine. Ces dépôts comptent des fragments de parois de four, de grille, de plots en terre cuite et une quantité très importante de fragments de moules à sel. La mise en perspective avec le site de « La Commanderie » fouillé sur le tracé de l’autoroute A16 à Conchil-le-Temple en 1997 montre de nombreuses similitudes. Les godets à sel du même type se retrouvent à Saint-Firmin, d’autant que les deux sites sont contemporains puisque les enclos sont occupés jusque la période augustéenne. Cette occupation s’accompagne d’une nécropole à incinération située dans la moitié ouest, dont dix-huit sépultures ont déjà été identifiés dans le cadre de ce diagnostic. La fouille d’une tombe a montré le dépôt d’un unique vase aux côtés des restes du défunt incinéré, elle a pu être attribuée à la fin de La Tène D. L’organisation et l’étendue des découvertes laissent supposer que nous sommes en présence d’une nécropole à fort effectif, comme cela a déjà été recensé dans ce secteur du littoral picard. De plus, elle s’accompagne de probables rejets issus de curages de bûchers funéraires. Une sépulture isolée a également été fouillée dans l’extrémité ouest et couvre une phase plus récente ancrée dans la deuxième moitié du Ier siècle avant notre ère. Dans la partie septentrionale de l’opération ont été reconnus les vestiges de plusieurs constructions en dur accompagnées d’une vaste couche de démolition répartie sur une surface d’un peu plus de 2000 m². Ces bâtiments ont la particularité d’utiliser la ressource locale principale, ici le galet, pour former non pas des fondations mais peut-être plus des solins servant de soutènement à des constructions à pans de bois. L’un des édifices pourrait atteindre une surface de presque 180 m² et le second qui pourrait être une pièce d’un bâtiment plus vaste couvre environ 50 m². Le mobilier récolté s’ancre entre le IIe siècle et le début du IVe siècle. L’ensemble de ces découvertes offre ainsi l’opportunité d’appréhender une installation côtière pour laquelle il reste à confirmer si elle est continue entre La Tène D2 et le IVe siècle de notre ère, qui couvre donc une période chronologique peu représentée dans un secteur géographique particulier qui apparait au centre d’échanges et d’influences multiples. Enfin, quelques structures illustrent la période de transition entre le Moyen Âge et la période moderne dans une région qui connait alors de forts bouleversements environnementaux et une densification des implantations humaines.
Willems, S. (2019). Étude céramique, in Gapenne, Amandine (dir.) Saint-Firmin-les-Crotoy, Le Grand Logis : rapport de diagnostic. Inrap. https://hdl.handle.net/2078.5/251747