Cet article fait le point sur la manière dont, depuis une vingtaine d'années, la notion de lecture littéraire a été exploitée, modélisée, discutée par les didacticiens, et sur les expériences empiriques auxquelles elle a donné lieu en salle de classe. Une première partie revient sur l’histoire de la notion telle qu’elle a été définie successivement par Michel Picard et par Bertrand Gervais, puis sur sa migration au cours des années 1990 du champ de la théorie littéraire vers celui de la didactique de la littérature, principalement à la suite des travaux d’Annie Rouxel et de mon équipe. Je montre ensuite que le succès – rapide et considérable – de la notion est allé de pair avec le développement de conceptions concurrentes, dont je déplie les contours et les enjeux respectifs. En particulier, j’oppose la conception qui fait de la lecture littéraire un simple synonyme de « lecture de la littérature », celle qui l’identifie à des processus d’objectivation analytique, celle qui à l’inverse l’assimile à des opérations d’appropriation subjective, et celle qui, à la suite de Picard, cherche à concilier les approches objectivistes et subjectivistes. M’attachant ensuite à la dernière conception, je fais le point sur les exploitations, les objections et les questions dont elle a fait l’objet de la part de didacticiens, ainsi que sur les affinements que celles-ci permettent aujourd’hui d’apporter au modèle théorique et didactique initial. Je conclus en présentant quelques recherches qui attestent de la fécondité de la notion d’une part en tant qu’analyseur des pratiques d’enseignement de la littérature et d’autre part en tant que stimulateur de performances innovantes chez les jeunes lecteurs.
Dufays, J.-L. (2019). La lecture littéraire, une notion, un modèle, des performances. Vingt-cinq ans de travaux en didactique de la littérature. In Alain Trouvé (ed.), La Lecture littéraire dans tous ses états (L’improviste, p. p. 179-188). L’improviste. https://hdl.handle.net/2078.5/125742