Compétence métalangagière, origine sociale et trajectoires scolaires : analyse sociolinguistique des difficultés langagières dans l’enseignement secondaire belge francophone
(fr) L’objectif de notre recherche est de définir et d’analyser la nature des écarts entre les compétences langagières scolaires d’élèves issus de milieux socioculturels « favorisés » et celles d’élèves issus de milieux « populaires » dans le contexte de l’enseignement secondaire belge francophone. Pour ce faire, une enquête sociolinguistique et ethnographique a été menée pendant une année scolaire dans deux établissements de l’enseignement secondaire bruxellois francophone qui accueillent des publics socialement contrastés. Huit classes de trois filières différentes ont été observées lors de leur cours de français et de sciences humaines. Le matériau récolté est constitué des interactions observées en classe, des copies des productions et des évaluations des élèves, d’un test langagier soumis à ces mêmes élèves ainsi que d’une série d’entretiens réalisés avec ceux-ci. L’analyse du matériau empirique met en exergue le caractère décisif, pour la réussite scolaire dans l’enseignement secondaire, moins de l’étendue de la connaissance du « code » linguistique (lexique, grammaire, etc.), que de l’existence chez les élèves d’un système de dispositions, acquises lors des socialisations primaire et secondaire, à développer et à mobiliser une « compétence métalangagière ». Cette compétence métalangagière est nécessaire pour maitriser réflexivement – et non uniquement pré-réflexivement – la langue en tant que système linguistique ayant sa logique interne et le discours scriptural en tant que pratique répondant aux normes discursives propres à la culture écrite. De plus, notre étude permet, d’une part, de proposer une description linguistique opératoire des différentes pratiques langagières scolaires et, d’autre part, de mettre au jour la coexistence et la concurrence des « modes » langagiers « conversationnel » (préréflexif) et « scriptural » (réflexif) dans les différents contextes scolaires et sociaux étudiés, ainsi que les effets de cette coexistence et de cette concurrence sur le développement des compétences langagières des élèves.