Castoriadis et Merleau-Ponty : la "révolution" comme problème philosophico-politique
Karsenty, Romain
(2016) Ecole doctorale de philosophie (FNRS) — Location: Université Catholique de Louvain (29.April.2016)
Files
No attached file found for this publication.
Details
Authors
Karsenty, RomainUSL-B
Author
Abstract
Quelles sont les tâches, spécifiques et (éventuellement) communes, qui incombent au philosophe et au politique ? Peut-on concevoir, entre ces deux figures, un « mariage heureux » – ou, faute de mieux, un « divorce réussi » (comme le suggère Merleau-Ponty dans la Préface de Signes) ? C'est à partir de cette question, et des enjeux particuliers qu'elle présente au lendemain de la seconde guerre mondiale (dans la séquence 1945-1965), que je voudrais confronter deux penseurs majeurs dont les œuvres sont encore trop souvent amputées et réduites à telle ou telle dimension « technique » particulière alors qu'elles sont des réfutations vivantes de toute technicisation de la pensée : je veux parler de Maurice Merleau-Ponty et Cornelius Castoriadis. J'essaierai dans un premier temps de montrer que c'est un même souci de penser la réalité humaine « au contact » de l'histoire (d'une part) et dans l'horizon d'un projet d'émancipation (d'autre part) qui amène ces deux penseurs à développer, au lendemain de la guerre, un marxisme hétérodoxe, vivant et ouvert, compris comme pensée dialectique et non-déterministe de l'histoire, indissociable d'un projet de transformation sociale et politique dont le contenu doit être sans cesse réévalué à la lumière de l'expérience historique. C'est ce même souci qui les poussera tous deux, au cours des années 50, à faire éclater les cadres du marxisme au nom de ses intuitions et exigences les plus fortes. Je montrerai ensuite que les deux démarches, malgré une dynamique et une direction communes, aboutissent à des conclusions sensiblement différentes, dont les versants philosophiques et politiques se cristallisent notamment autour du problème de la « révolution ». Alors que pour Merleau-Ponty le projet révolutionnaire appartient pleinement aux illusions rationalistes et dogmatiques du marxisme qui l'ont précipité vers son destin totalitaire (et qu'il faut donc définitivement abandonner), on verra que ce projet est au contraire, pour Castoriadis, un avatar moderne du « projet d'autonomie » dont nous héritons et qui doit être défendu contre tout dogmatisme – mais aussi contre tout scepticisme et toute tentation a-politique.
Karsenty, R. (2016). Castoriadis et Merleau-Ponty : la “révolution” comme problème philosophico-politique. Ecole doctorale de philosophie (FNRS), Université Catholique de Louvain. https://hdl.handle.net/2078.5/181264