Ici prend fin le monde et commencent les enfers : Quai ouest

(2011) Lire et jouer Koltès aujourd’hui — Location: Université de Provence (Aix-en-Provence) (16.June.2011)

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L’univers imaginaire de Koltès semble aller de soi. Pourtant, sous l’apparence d’originalité irréductible de ses textes se dessine un réseau intertextuel riche. Entre autres possibilités, la démarche narrative de Quai ouest se nourrit à la fois de références antiques au mythe des Enfers et de références bibliques ou littéraires à la Chute. Le contraste qu’offre l’univers où débarquent Koch et Monique reflète cette articulation intertextuelle, au même titre que de nombreux points de détail, qu’il conviendra d’analyser en tenant compte de la complexité d’un réseau mêlant plusieurs traditions mythiques, religieuses et littéraires : la raison qui a poussé Koch au suicide (le détournement de fonds appartenant à des religieuses), le contenu du monologue de Cécile (l’Éden des Lomas Altas), le désir de fuir des protagonistes tombés en disgrâce (comme autant d’anges déchus), l’assimilation d’Abad au diable dans son monologue, le double prénom de Charles (Carlos et Charles : un Charon à la fois graphique et phonétique), l’impossibilité de présenter une obole correcte pour le passage (les cartes de crédit n’étant pas de l’argent), etc. Par le biais du rapport intertextuel, il devient possible de mettre au jour un fragment essentiel de l’imaginaire koltésien. Le regard pessimiste de l’écrivain à l’égard du monde trouve dans cette articulation intertextuelle un ancrage imaginaire majeur : une vision particulière de la Chute, en tant que déchéance irrémédiable de l’homme et de l’humanité (déjà présente dans les premières pièces, au même titre que dans La nuit juste avant les forêts, Combat de nègre et de chiens, Dans la solitude des champs de coton ou Roberto Zucco), qui se répète à son climax dans la descente aux Enfers que présente Quai ouest, où même les gardiens des lieux (Charles-Carlos-Charon en tant que passeur, le Cerbère à trois têtes ou les trois juges infernaux que représente le trio Charles-Abad-Fak, le couple Perséphone-Hadès grotesquement campé par Cécile et Rodolfe) sombrent inéluctablement. Pour Koltès en effet, il y a continuité et homogénéité entre la Chute primitive (la condamnation d’Adam et Ève à quitter le Jardin d’Éden), la déchéance angélique (le destin de Lucifer) et la Chute dernière (la fin du monde, l’Apocalypse). La continuité se manifeste précisément sous la forme d’une errance infernale de l’humanité, sans espoir de rédemption. Dans cette optique, il s’avérera intéressant de dégager une matrice imaginaire selon laquelle, parce que toutes les entreprises humaines sont inéluctablement vouées à l’échec et/ou à la destruction, seul le choix de survivre envers et contre tout ou d’anticiper sa propre mort a encore un sens.
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Citations

Meurée, C. (2011). Ici prend fin le monde et commencent les enfers : Quai ouest. Lire et jouer Koltès aujourd’hui, Université de Provence (Aix-en-Provence). https://hdl.handle.net/2078.5/220903