Tant pour améliorer la production d’espèces commerciales que pour assurer la survie des espèces sauvages, il est essentiel d’identifier les insectes qui participent au succès reproducteur des espèces végétales entomophiles. Les éricacées sont particulières, car elles présentent souvent des anthères poricides, le pollen n’étant libéré que lorsque le visiteur produit des vibrations (buzz pollination). Notre hypothèse est que cet accès exclusif à certains insectes capables de produire ces vibrations (bourdons et quelques abeilles solitaires) leur procure un avantage qui expliquerait ces évolutions particulières. Cette hypothèse est renforcée par le fait que le pollen d’éricacées est considéré de qualité nutritionnelle médiocre. Nous avons analysé les qualités nutritionnelles du pollen (polypeptides, acides aminés, stérols) et l’efficacité pollinisatrice des visiteurs d’éricacées en Europe. Les résultats indiquent que les qualités nutritionnelles du pollen varient fortement entre espèces, mais sont adéquates pour une diète d’insecte. D’autre part, le comportement de chaque visiteur importe dans son efficacité de pollinisateur. Chez certaines espèces, le prélèvement de nectar, y compris par tricherie, est efficace pour la pollinisation, plus que la vibration. L’abondance des visiteurs reste néanmoins le facteur explicatif le plus important dans l’efficacité : des bourdons très abondants, même s’ils sont peu efficaces, participent plus au succès reproducteur que les espèces rares spécialistes d’éricacées. Nous nous questionnerons pour savoir s’il en est de même chez les nombreuses espèces d’Amérique du Nord et quelles conclusions tirer quant à la conservation des éricacées et des insectes pollinisateurs.