La spectacularité baroque dans les anciens Pays-Bas : Moyens et fins

Heering, Caroline;Dekoninck, Ralph;Delfosse, Annick;Delbeke, Maarten;Vermeir, Koen
(2016) Alla luce di Roma. I disegni scenografici di scultori fiamminghi e il barocco romano — ISBN: [978-8-865573266], p. 138-149, published

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Les œuvres d’art que nous contemplons aujourd’hui dans nos musées ne constituent que la pointe émergée d’une bien plus vaste culture artistique et technique au regard de laquelle ces œuvres prennent sens mais dont nous ne conservons que de très rares vestiges. Car cette culture est celle de l’art éphémère, régulièrement mis en œuvre à l’occasion de festivités urbaines, tels les ommegangs (ou « tours » de ville en cortège, temps forts des calendriers festifs locaux dans les Pays-Bas), les entrées solennelles des princes, leurs funérailles, certaines fêtes religieuses au haut degré de solennité (comme la fête du Saint-Sacrement de Miracles à Bruxelles)... À ces occasions, la ville se transformait en un espace spectaculaire investi par la population, décorant les maisons et lieux publics, mais surtout par des artistes qui, le temps de ces festivités, devenaient de véritables metteurs en scène. Les architectures éphémères, tels les arcs de triomphe, accueillant peintures et sculptures, mais aussi des tableaux vivants, s’accompagnaient de décors végétaux et textiles qui métamorphosaient l’espace-temps ordinaire en un événement extraordinaire. Cette culture de la dépense somptuaire et éphémère rejoint par bien des aspects certaines pratiques artistiques et techniques contemporaines où l’éphémère et la performance occupent une place centrale mais on ne peut en saisir aujourd’hui l’importance qu’à travers une documentation visuelle et textuelle très partielle et partiale ; partielle, parce que le corpus de sources rendant compte de cette culture du spectacle est très incomplet ; partiale car elle n’offre qu’un point de vue laudateur sur ces événements à forte charge idéologique. Le défi de l’historien comme de l’historien de l’art consiste donc à interpréter ces textes et ces images comme représentations d’une réalité à tout jamais disparue. Car la question se pose de savoir si on peut faire l’histoire d’œuvres conçues pour disparaître, alors qu’aujourd’hui l’histoire de l’art réclame avec force un retour à la concrétude de l’objet. La réponse est bien sûr affirmative. En restant bien conscient que nous n’interprétons que des représentations de représentations, l’étude de ces œuvres éphémères, opérée à travers les textes et les images qui en conservent le souvenir, est susceptible de jeter un nouvel éclairage sur certaines œuvres d’art conçues pour durer et qui ont été conservées jusqu’à nos jours. Loin de se concevoir comme des pièces autonomes que l’on contemple aujourd’hui isolées sur les cimaises de nos musées, ces œuvres se trouvaient, pour la plupart, intégrées, comprises et vécues dans des ensembles complexes à la fois pérennes et éphémères. Les festivités éphémères permettent de revisiter notre conception de la hiérarchie des arts et des frontières entre les différents médiums artistiques. Loin des préoccupations théoriques et des débats centrés sur la question du paragone ou parallèle entre les arts (qui visait à établir la supériorité d’un art sur un autre), les cérémonies spectaculaires baroques illustrent combien il importe d’appréhender les arts et techniques du spectacle comme une réalité multi-médiale où fusionnent toutes les expressions de l’art, qu’il s’agissent de la peinture, de la sculpture ou de l’architecture, mais aussi des performances musicales, rhétoriques, théâtrales, ou encore des feux d’artifice. Dans le cadre de ce volume, il s’agira d’envisager la sculpture comme l’une des composantes d’un gigantesque montage des arts étendu à l’échelle de la ville entière.
Affiliations

Citations

Heering, C., Dekoninck, R., Delfosse, A., Delbeke, M., & Vermeir, K. (2016). La spectacularité baroque dans les anciens Pays-Bas : Moyens et fins. In Bossu,Charles ; Bracke, Wouter ; Jacobs, Alain ; Lambeau, Sara ; Leporati, Chiara (éd.) (ed.), Alla luce di Roma. I disegni scenografici di scultori fiamminghi e il barocco romano (p. p. 138-149). De Luca Editori d’Arte. https://hdl.handle.net/2078.5/54994