Dans la poursuite du travail d’enquête mené il y a plus d’une décennie sur la circulation des savoirs dans le gouvernement de l’Europe (Robert & Vauchez, 2010), cette proposition suggère de reprendre l’enquête sur les processus et les mondes de relations entre acteurs de la décision publique européenne et producteurs de savoirs savants qui ont contribué au façonnage puis à la consécration d’une lecture dominante du « problème » de la crise du lien démocratique dans l’Union européenne par le prisme de la menace posée par la désinformation. Les modalités de production du savoir qui circulent dans cet espace transnational jouent un rôle central dans la constitution d’un champ de l’expertise et dans les mécanismes d’imposition au sein des espaces politico-administratifs d’une conception clinicienne et carentielle de la crise du lien démocratique. Comme l’expertise sur le terrorisme analysée par Stampnitsky (2013), celle sur la désinformation apparaît hybride, voire instable, mêlant des savoirs disciplinaires multiples, caractéristique des espaces transnationaux. Cette proposition vise dès lors à prendre la mesure des conditions qui déterminent la circulation des savoirs en retraçant les instances et les mécanismes de consécration des « experts » reconnus dans ce champ et enquêtant sur la place et les usages des savoirs produits dans le travail de cadrage de la désinformation approchée comme un risque démocratique.
Aldrin Philippe, Roginsky, S., & et al. (2023). Mobilisation des SHS dans la lutte européenne contre la désinformation : les « fake news », une coproduction politico-académique ? 10e congrès de l’Association Française de Sociologie, Lyon. https://hdl.handle.net/2078.5/266760