La notion de profession est utilisée et problématisée dans de nombreux travaux sociologiques. Elle peut y apparaître en tant que libellé d’un groupe d’individu, en tant que qualificatif d’une pratique de travail spécifique, en tant qu’élément socialisateur, variable explicative de certains comportements, etc. Dans l’élaboration d’un projet de recherche sur le thème de l’articulation travail/famille où nous nous sommes interrogés sur l’effet que la profession pouvait avoir sur l’usage de dispositifs institutionnels tels que le congé parental parmi les membres de trois professions (infirmières, assistants sociaux et policiers), une problématisation de la notion nous paraissait nécessaire avant de discuter de la médiation professionnelle. C’est à une réflexion sur ce qui effectue cette médiation que nous voulons nous atteler. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que depuis quelques temps, la notion de profession est perçue comme mise à mal par une évolution du monde du travail vers plus de flexibilité. Dans cet article, nous saisirons donc l’occasion de ce constat en terme de flexibilité pour reprendre à nouveau frais la question de la profession et ce, dans une perspective qui vise à en faire une notion viable pour une recherche qui traite de la médiation professionnelle. On verra d’abord en quoi la profession peut se révéler être une entité instable à partir des travaux de plusieurs auteurs qui traitent du monde du travail. Si la plupart s’accordent sur le fait que quelque chose a changé dans le monde du travail par rapport à d’autres moments, et qu’il y a donc pertinence à repenser nos outils pour l’appréhender, c’est sur la mesure de l’ampleur de cette réflexion que les romains s’empoignent. Ayant fait un rapide tour d’horizon des constats posés sur l’avènement d’un contexte flexible, nous tenterons de formaliser les conséquences de cette instabilité sur la profession – en tant que la notion est utilisée par des sociologues, et surtout en tant qu’elle est vécue par les individus. Dans la dernière partie, nous proposerons quelques pistes de sortie pour une refonte pragmatique de l’outil, en nous centrant sur les trois professions qui nous occupent dans le cadre de cette recherche.
Marquis, N. (2008). La profession au temps de la flexibilité. Vers une approchepragmatique de la notion. Cahiers de l’Institut des sciences du travail (UCL), 50. https://hdl.handle.net/2078.5/202983 (Original work published 2010)