(fr) La dorsale du Kivu au Sud-Kivu (Est de la R.D. Congo) est caractérisée par une diversité de sols et de systèmes de culture. Les contextes socioéconomiques varient également considérablement en termes de densité de population et de richesse, d’accès aux services de vulgarisation agricole, aux infrastructures routières et aux marchés. Ces facteurs devraient affecter le degré de pression sur les ressources en sol mais l'ampleur du phénomène et ses caractéristiques restent fondamentalement inconnues. Les quelques études disponibles décrivent l’érosion hydrique comme la principale cause de l'insécurité alimentaire des ménages de petits exploitants mais ne discutent ni ses causes, ni la prévalence du phénomène. L'objectif général de cette étude était donc de caractériser l'érosion hydrique dans les champs de petits exploitants de la dorsale du Kivu, d’en déterminer la sévérité et l’étendue dans le but d'élaborer, à terme, des recommandations pour la mise en œuvre d'un outil et d'un système de gestion coordonnée des actions de lutte contre l'érosion. Deux approches différentes ont été combinées : (1) des enquêtes auprès de 720 ménages et des communautés pour évaluer d’une part comment la diversité de contextes biophysiques et socioéconomiques affecte le choix de cultures et pratiques agricoles et l'état de dégradation du sol qui en résulte, et d’autre part, d’évaluer les connaissances des agriculteurs concernant les mesures de conservation de sol contre l’érosion et, (2) des suivis de l’évolution de pertes en terres par l’érosion en rigoles et ravines sur 4 saisons culturales (2015-2017) dans 90 parcelles pour quantifier l'étendue et la variabilité temporelle de l'érosion, et analyser ses liens avec diverses variables explicatives liées aux systèmes de culture et aux caractéristiques biophysiques des parcelles. Les résultats de l'enquête ont montré que les exploitations agricoles se caractérisent par leur petite taille et leur état de pauvreté global. L'état de dégradation est perçu comme moyen, mais il est sévère à très sévère pour plus d’un tiers des exploitations. L'érosion du sol, les pertes en éléments nutritifs et en matière organique sont les principaux types de dégradation. La pression démographique explique en partie les différences observées entre les bassins versants. Les ménages les plus pauvres ont en moyenne les niveaux de dégradation les plus élevés. Cependant, aucun lien de cause à effet n’a pu être établi avec les pratiques agricoles en raison de la prédominance des associations de plusieurs cultures. Plus de 60% des exploitants sont conscients de cet état grave de dégradation et ont une bonne connaissance des méthodes traditionnelles de lutte et des technologies modernes qu’ils jugent plus efficaces, bien que leur niveau d’adoption soit très faible (21%). Aussi, ils ne reconnaissent que très peu les liens que peuvent avoir leurs cultures et pratiques agricoles adoptées avec l’état de dégradation de leurs terres. Par ailleurs, il est apparu que les freins à l’adoption de ces technologies concernent les facteurs externes qui sont plus en lien avec la grande précarité du milieu. Enfin, les taux d’érosion mesurés, variant de 0,03 à 17,99 mm/saison et de 0,13 à 16,3 mm/saison pour les rigoles et les ravines, respectivement, confirment que l’érosion hydrique y est très sévère et que la productivité des sols y serait potentiellement affectée. Ces résultats suggèrent que des actions soient rapidement entreprises pour stopper les effets négatifs de l’érosion hydrique sur les parcelles agricoles mais aussi, d'utiliser la méthodologie utilisée dans ce travail pour prioriser les sites à risque d'érosion hydrique au niveau de petits bassins versants afin d’y installer des mesures adéquates d'atténuation.
Heri-Kazi Bisimwa, A. (2020). Caractérisation de l’état de dégradation des terres par l’érosion hydrique dans le Sud-Kivu montagneux à l’Est de la R.D. Congo. https://hdl.handle.net/2078.5/115199