Les soins de santé sont en crise et ce n’est pas (uniquement) la faute d’un virus... La pandémie que nous traversons actuellement a servi de révélateur à un malaise beaucoup plus profond dont témoigne, par exemple, le collectif « santé en lutte1 ». Le manque de personnel, le sous-financement du temps passé avec le patient et l’inflation administrative induisent épuisement et démotivation. L’essentiel – le soin (« care ») – est de plus en plus réduit à la portion congrue. Qu’une réforme soit nécessaire ne semble heureusement plus contesté. Mais quelle forme prendra celle-ci ? Suffira-il d’augmenter le financement de certaines activités ? Par ailleurs, les modifications environnementales qui s’annoncent – réchauffement climatique, pic pétrolier et leurs conséquences – ont de plus en plus d’impact sur la santé des populations et réduiront les moyens matériels dont nous disposerons pour les soigner. De plus, les soins de santé contribuent à la dégradation de l’environnement, tant en termes d’émissions de CO2 que de largage de divers polluants. Pourtant, la dimension environnementale est habituellement absente des discussions concernant la réforme des soins de santé. Lorsqu’elle est présente2, elle se limite à la question de l’adaptation du système de soins aux modifications climatiques, sans aborder l’autre versant de cette question, la responsabilité environnementale des soins de santé. Cette étude a pour objectif d’ouvrir le débat sur le sujet en abordant successivement les interactions à double sens entre environnement et (soins de) santé, puis quelques paradoxes du système actuel et enfin les grandes lignes d’une stratégie possible de soins de santé durables.