Le premier chapitre insiste sur quelques aspects de la Grande Guerre en Belgique. Il s'agit de voir dans quelle mesure et de quelle manière, en pays occupé, on identifie, on enterre les corps, on glorifie les héros et les martyrs et on organise les premières commémorations. Sous la botte allemande, mêmes les hommages rendus aux morts sont surveillés et réglementés. C'est pourquoi, contrairement aux autres pays, la Belgique devra attendre la fin de la guerre pour ériger des monuments aux morts. Le deuxième chapitre esquisse l'ambiance singulière de cette fin de guerre, entre deuil, joie, haine et espoirs. Après s'être penché sur la symbolique des monuments aux morts provisoires élaborés pour célébrer la « Joyeuse entrée » du Roi à la tête de ses troupes dans Bruxelles, il s'agit de voir comme on fête les vivants, comment on glorifie les morts. L'identification, l'inhumation et l'éventuel transfert des corps mais aussi la question du soldat inconnu révèlent les visions divergentes des familles et de l'Etat belge. Les interactions entre les différents acteurs (Etat belge, autorités provinciales et communales, familles des morts, communautés, associations, etc.) autour des monuments aux morts sont au coeur du chapitre III. La désignation du projet du monument, celui de son emplacement, le financement sont révélateurs et importants puisqu'ils influent sur les représentations choisies. Dans le chapitre IV, les représentations monumentales divulguent les visions que les Belges se font de la Grande Guerre, ce qu'ils en retiennent. Elles révèlent aussi inconsciemment les « blocages » au sein de la société puisque sur les monuments aux civils, les notables sont très souvent mis en avant. Les différentes figures de civils et de militaires morts pendant la Grande Guerre sont évoquées. Après quoi différentes thématiques telles le poids de l'absence, la patrie, l'ennemi, la religion, la paix sont abordées. Ce chapitre trahit également la difficulté de traduire les différents sentiments dans le bronze et la pierre. Le dernier chapitre, débordant le cadre strict des monuments aux morts et de la chronologie de cette étude, évoque les interactions qui se tissent entre les morts et les vivants autour des monuments aux morts et des commémorations. Il s'agit également de voir quelles dates et quels rites de mémoires sont choisis aux niveaux national et local. Pour terminer, nous nous préoccupons des survivants en tentant de cerner dans quelle mesure ceux-ci ont ou non obtenu la reconnaissance escomptée de la part de l'Etat belge. Ce dernier chapitre ainsi que les réflexions conclusives espèrent ouvrir de nouvelles pistes de recherche sur les enjeux de mémoire(s) et de reconnaissance durant l'"entre-deux-guerres".
Claisse, S. (2006). Ils ont bien mérité de la patrie! Monuments aux soldats et aux civils belges de la Grande Guerre, mémoire(s) et reconnaissance (1918-1924). https://hdl.handle.net/2078.5/198193