Les usages sociaux de la biologisation du crime à la fin du XIXe siècle : quelques enjeux et limites

Cartuyvels, Yves
(2015) Jurisprudence. Revue critique — Vol. I, n° numéro spécial, p. 189-204 (NaN) (2015)

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La fin du XIXe siècle est marquée, en Europe et ailleurs dans le monde occidental, par une tentative de construction du déviant en ennemi du corps social. Sur fond d’une angoisse croissante portée par la question de la récidive et les discours sur la dégénérescence, le positivisme scientifique propose une explication scientifique du crime qui repose sur le postulat premier d’une « nature criminelle ». Il sera relayé par un mouvement de défense sociale contribuant à la réification du criminel comme ennemi social dans le souci de protéger la société contre un « individu dangereux » et le risque de dégénérescence qu’il incarne. Le positivisme prendra appui sur des explications de type biologique, sociologiques et psychologiques. C’est le versant biologique, développé par les partisans d’une anthropologie criminelle, que l’on se propose de discuter ici. Dans les pas de Lombroso, les partisans d’une biocriminologie proposeront à l’époque une lecture biologique du crime qui ontologise le délinquant, faisant d’abord du corps (miroir de l’âme), puis du cerveau et enfin de l’esprit le lieu d’explication d’une « personnalité criminelle » dont le passage à l’acte n’est que la confirmation. Les usages sociaux de ce nouveau discours de vérité sur le crime et le criminel contribuent à faire du délinquant un ennemi du corps social. Ils soulignent également le « passage à la limite » paradoxal d’un projet assurantiel intégrateur, dont la défense sociale contre le délinquant dangereux apparaît comme le repoussoir. Ces usages se heurteront enfin aux limites fixées à la répression dans le cadre d’un Etat de droit démocratique, limites marquées par les principes de légalité et de proportionnalité de la peine au crime commis.
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Cartuyvels, Y. (2015). Les usages sociaux de la biologisation du crime à la fin du XIXe siècle : quelques enjeux et limites. Jurisprudence. Revue critique, I(numéro spécial), 189-204 (NaN). https://hdl.handle.net/2078.5/185841 (Original work published 2015)