Horizons et limites des politiques publiques d’inclusion numérique

(2025) L’action publique à l’ère du numérique : regards croisés sur les nouveaux défis — ISBN: [9782807948440], p. 376, published

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Alors que la numérisation de l’ensemble des services essentiels s’est intensifiée lors de la crise sanitaire du COVID-19 la préoccupation pour la « fracture numérique » a dans le même temps connu une publicisation inédite au point de devenir un nouveau problème public. De prime à bord, on peut se réjouir de l’attention portée à ce problème social dans le contexte actuel de numérisation accélérée de tous les pans de la société. À y regarder de plus près, ce double discours peut paraître toutefois paradoxal. D’un côté, on prône les vertus de la numérisation des services essentiels– privés et publics – en soutenant que les technologies améliorent à la fois le fonctionnement des coulisses des institutions, appelés aussi le back-office et la qualité des relations entre les services et les usagers-citoyens ou le front-office. De l’autre, on rappelle l’effort à fournir pour prendre en charge les situations de détresse qui résultent de ce mouvement supposé inexorable. À quels référentiels (Muller, 2019) de traitement de cette nouvelle question sociale les politiques actuelles en faveur de l’inclusion numérique font-elles référence ? Comment ces logiques se traduisent-elles concrètement dans les orientations politiques dont l’ambition annoncé est de ne laisser personne au bord du chemin de la transition numérique  ? L’objectif de cet article est d’éclairer les référentiels sous-jacents à cette grammaire inclusive dans les politiques actuelles de transition numérique en Belgique. Cet article se fonde sur l’hypothèse selon laquelle ces politiques s’inscrivent dans une dynamique de transformation des politiques sociales amorcée il y a une vingtaine d’années, et caractéristique de l’État social actif : celui d’une gestion de plus en plus individualisée des problèmes sociaux, en particulier de l’exclusion. Cette forme d’intervention de l’État à l’égard des « marges » de la société entendait rompre avec les politiques sociales traditionnelles jugées trop « providentielles » et accusées, par-là, de favoriser la « passivité » des personnes en décrochage. L’apparition de cette nouvelle grammaire des risques sociaux a eu pour effet de reconfigurer progressivement ces derniers en risques individuels de l’existence dont le traitement appelle dès lors logiquement une réponse personnalisée. Si cette gestion biographique du social n’est donc pas nouvelle, elle se singularise aujourd’hui par la radicalisation de ses logiques du fait à la fois des possibilités inédites qu’offrent les technologies numériques pour personnaliser l’offre de service public et de la place qu’occupe le « progrès » technologique dans l’imaginaire collectif.
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Citations

Brotcorne, P. (2025). Horizons et limites des politiques publiques d’inclusion numérique. In Elise Degrave (ed.), L’action publique à l’ère du numérique : regards croisés sur les nouveaux défis (Larcier-Intersentia, p. p. 376). Larcier - Intersentia. https://hdl.handle.net/2078.5/260998