Faut-il lire Truffaut pour se convaincre de devenir écrivain plutôt que cinéaste ? C'est, semblet-il, le chemin qui a mené Jean-Philippe Toussaint à la littérature. S'il n'a pas pour autant totalement renoncé à passer derrière la caméra, se désignant « à la fois écrivain et cinéaste », comme en témoignent ses trois longs métrages et ses courts métrages, c'est au roman que l'écrivain a consacré la meilleure part de sa carrière. Jusqu’ici, les travaux sur cette question se sont cantonnés à l’analyse d’un dispositif, n’effleurant qu’à peine la question de la présence du cinéma dans ses romans, n’identifiant jamais vraiment dans quel type d’imaginaire filmique s’ancre l’œuvre de l’écrivain belge. Si celui-ci mentionne plus volontiers ses influences littéraires, une vaste culture cinématographique affleure dans ses textes. Chez lui, le cinéma ne saurait se réduire à une inspiration parmi d’autres. Il agit plutôt comme une impulsion susceptible à la fois de donner un ton au récit, ou de déployer une série de motifs et de techniques narratives à même de vivifier la narration romanesque. À considérer ensemble La Réticence (1991), la tétralogie M.M.M.M. (2002-2013) et La Clé USB (2019), il apparaît que ces trois œuvres, les plus romanesques au sein de sa production, sont aussi celles qui déploient le plus grand nombre de références au cinéma – en particulier aux codes du noir et, plus largement, du cinéma américain des Trente Glorieuses.
Thiry, M., & et al. (2021). Emprunter le Boulevard du Crépuscule jusqu’au Pacifique : traces du film noir américain chez Jean-Philippe Toussaint. French Forum, 46(2-3), 165-180. https://hdl.handle.net/2078.5/108442 (Original work published 2021)