Au Mali, le Delta intérieur du Niger est classé « site RAMSAR d’importance internationale ». En termes de superficie, il s’agit de la plus grande zone humide d’Afrique de l’Ouest et la deuxième du continent Africain. Organisé en une multitude de bras d’eau et de canaux, le Delta représente un enjeu écologique important. Il offre une multitude d’écosystèmes et abrite un grand nombre d’espèces animales et végétales dont certaines sont protégées comme l’hippopotame et le lamantin. Chaque année, le Delta accueille plus d’un million d’oiseaux migrateurs venant de plus de quatre-vingts pays. Cette diversité écologique et la mise en lumière du rôle central joué par le Delta fondent l’action de nombreux bailleurs de fonds en matière de sauvegarde et de conservation de la nature. Parmi celles-ci, se retrouve la régénération et la protection des forêts inondées du Delta. Dans ce cadre, la forêt inondée d’Akkagoun fait l’objet d’interventions de différents bailleurs de fonds depuis 1984. Celles-ci visent l’élaboration des politiques et instruments techniques et scientifiques nécessaires afin d’organiser et rendre participatifs les modes de gestion de cet espace. Ces processus participatifs sont souvent considérés comme une forme d’« apprentissage » ou de « laboratoire » de la démocratie. La forêt d’Akkagoun est par ailleurs reconnue par les instances nationales et internationales actives en matière de sauvegarde de la nature comme étant un « modèle de réussite». Sur base des données récoltées à partir d’un terrain ethnographique de longue durée, cette communication est organisée en deux temps. Tout d’abord, elle discute l’ensemble de ces discours conservationnistes se construisant autour de la forêt d’Akkagoun. Ensuite, elle éclaire la façon dont les acteurs locaux impliqués dans ces projets de conservation de la forêt d’Akkagoun se sont, d’une part, appropriés ces discours conservationnistes, et, d’autre part, utilisent ceux-ci ainsi que la forêt en tant que telle comme « vitrine » face à l’univers du développement, sorte de garant de la réussite potentielle des partenariats futurs entre ces acteurs locaux et les partenaires au développement qui projettent de développer leurs activités au sein de la localité.
Deridder, M. (2011). La forêt d’Akkagoun comme paradoxe : sauvegarde et conservation de la nature face aux logiques stratégiques d’acteurs. Chaire Singleton “Terres (dés)humanisées : ressources et climat”, Louvain-la-Neuve. https://hdl.handle.net/2078.5/176857