La recherche porte sur les paires de mots contigus (bigrammes) qui sont dits collocationnels lorsqu'ils se produisent plus souvent que le hasard ne le prédit, une définition largement acceptée en traitement automatique du langage et en linguistique de corpus. Cette définition impose l'étude de corpus de textes afin de distinguer non seulement ce qui est une expression collocation-nelle de ce qui est juste une combinaison acceptable de mots, mais aussi les expressions fortement collocationnelles de celles qui ne le sont que faiblement. Pour prendre de telles décisions, il est nécessaire de se baser sur des indices d'association qui comparent le nombre d'occurrences du bigramme dans le corpus au nombre auquel on s'attendrait si les mots étaient disposés aléatoire- ment. La grande diversité d'indices proposés rend particulièrement importante la question de l'évaluation comparative de leur efficacité, obtenue classiquement en confrontant les décisions basées sur ces indices avec une liste de "vraies" collocations. Si quelques études de ce type ont été menées, principalement sur l'anglais, mais pas seulement, aucune, à ma connaissance, n'a comparé directement l'efficacité de différents indices dans plusieurs langues, probablement en raison des difficultés méthodologiques auxquelles ce genre de recherches fait face. Non seulement se pose la question du choix des corpus et des listes de référence, mais aussi celle de la mise au point d'une méthodologie d'analyse objective qui n'avantage pas certains indices dans certaines langues. Tout particulièrement, il est indispensable de corriger, séparément pour chaque langue, le niveau de performance d'un indice en fonction de l'efficacité d'une procédure aléatoire (niveau de base). Cette correction permet aussi de comparer l'efficacité, dans une langue donnée, d'indices mesurés sur des corpus différents de manière à évaluer la stabilité des résultats. Disposer d'une telle méthodologie permettrait de construire des profils collocationnels de différentes langues de manière à comparer la fréquence d'emploi dans chacune de celles-ci d'expressions très, moyennement ou peu collocationnelles. L'objectif de la communication est de proposer et d'évaluer une méthodologie pour mener ce type d'études. Elle est appliquée au Corpus PLECI (Poitiers-Louvain Echange de Corpus Informatisés), un corpus parallèle français/anglais, d'une taille limitée, mais qui inclut des textes journalistiques et littéraires écrits originellement dans ces deux langues et permet donc différents types de comparaisons cross-linguistiques (corpus intégral, par genre, textes originaux ou traduits).
Bestgen, Y. (2014). Méthodologie pour l’analyse cross-linguistique des collocations au moyen d’indices d’association. Approches théoriques et empiriques en phraséologie, Nancy (France). https://hdl.handle.net/2078.5/58527