Aujourd'hui, je voudrais partager quelques réflexions sur la figure de Pégase dans la littérature ancienne et sa Nachleben. Ce travail contribuera à un livre livre que j'écris sur le rêve comme forme littéraire dans la tradition classique. Mais il a également des affinités avec un autre livre que j'écris sur la théologie implicite à l'époque d'Auguste, qui vise à montrer comment la forme rituelle, y compris le calendrier romain, joue un rôle clé dans les rythmes et les structures de la littérature latine. Si la communication d'aujourd'hui avait fait partie de cette dernière étude, nous aurions commencé par la Grande Camée de France, qui sert d'image-affiche pour notre journée d’étude au’jourhui. Cependant, l'objectif de cette communication n'est pas la cour d'Auguste, mais Pégase, les rêves et l'immortalité poétique à travers le temps, l'espace et les langues. Nous commençons donc là où ma quête de Pégase a débuté : un ex-libris que l'on trouve dans une collection de livres conservée aujourd'hui à Londres, dans la bibliothèque du Warburg Institute. Nommée d'après l'historien de l'art Aby Warburg, la bibliothèque est aujourd'hui encore organisée selon les catégories de pensée de Warburg lui-même. L'ex-libris en question a été commandé par Warburg à l'artiste viennois Rudolf Larisch, afin de commémorer son ami Franz Boll, le grand historien de l'astrologie décédé le 3 juillet 1924, dont le livre Sphaera, avait tant inspiré les recherches d'Aby Warburg. Ce livre reconstitue le parcours des textes astrologiques depuis l'Antiquité gréco-romaine jusqu'en Europe en passant par les mondes perse, arabe et indien. La devise que Warburg a choisie, vous la voyez: per monstra ad sphaeram, "par les monstres à la sphère". Une allusion claire au livre de Boll, Sphaera, et un jeu de mots sur le nom de l'homme ainsi honoré : Boll comme Ball. Cette devise est profondément ancrée dans l'œuvre et la vie de Warburg. Elle reprenait la devise personnelle de Warburg, per monstra ad astra, "à travers les monstres jusqu'au ciel", elle-même une adaptation de la devise personnelle de Johannes Kepler, per aspera ad astra, "à travers les difficultés jusqu'aux étoiles". Aujourd'hui, nous allons adopter l'une des méthodes de Warburg pour suivre le vol de Pégase. Cette méthode est l'étude de Pathosformel, la formule de l'Action qui peut être vue comme reliant différentes images qui partagent un geste, si rien d'autre. Nous le voyons dans cet ex libris. Nous le voyons dans cet ex libris, qui illustre le passage de l'antiquité à la modernité ; là où l'on regardait un foie pour comprendre la volonté des dieux et leurs cieux, on regarde maintenant un mécanisme pour comprendre le ciel. Mais l'image, le geste, reste le même, et une partie de l'ancien esprit vit dans le nouveau. D'autres questions, tout aussi importantes pour Warburg, vont nous intéresser. Dans quelle mesure le monstrueux est-il lié au beau ? Que signifie le fait que Pégase, qui libère les eaux de la poésie, soit né de l'image la plus grotesque de l'Antiquité : le corps décapité de Méduse ?