Sociabilité urbaine et criminalisation étatique : la justice namuroise face à la violence de 1363 à 1555

Musin, Aude
(2008)

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  • Musin, AudeUCLouvain
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Supervisors
Rousseaux, Xavier
Abstract
Au tournant du Moyen Age et des Temps Modernes, une transformation dans la gestion des comportements considérés comme déviants semble se mettre en place. La justice médiévale rend largement possible la réintégration des auteurs de nombre de délits après une peine pécuniaire modulée et le recours à des procédures de résolution spécifiques des conflits (paix à parties notamment). Au cours des XVe-XVIe siècles, se développe cependant une volonté du prince, donc de l'élément étatique, de s'assurer le monopole du contrôle de ses sujets sous plusieurs aspects. Cette volonté se traduirait par un durcissement des sanctions envers les délinquants et le développement de la rémission princière, mais aussi par la définition de comportements, autrefois tolérés ou du ressort de la justice ecclésiastique, comme des crimes. L'étude de la violence sous ses différentes formes dans une ville des anciens Pays-Bas Namur offre un éclairage renouvelé sur la problématique du passage de la sociabilité urbaine à la criminalisation étatique. En effet, les communautés urbaines ont développé des institutions et des modes de régulation originaux pour contrôler l'agressivité. Les comportements violents et le maintien de la paix entre leurs membres ont en effet constitué le point d'attention principal des ces communautés. Par la suite, les autorités centrales, dans le cadre d'un Etat en développement, apportent leurs propres moyens d'encadrement des violences, au détriment des villes, qui perdent peu à peu leurs prérogatives en matière de régulation de ces comportements. L'exercice de la violence est progressivement monopolisé par les autorités. Cette violence « légitime » de l'Etat, sous la forme des peines afflictives et capitales, deviendrait alors un moyen de discriminer la violence des populations. La conservation d'archives issues de cours de justice de la ville de Namur dès la seconde moitié du XIVe siècle jusqu'à la fin du règne de Charles Quint et au-delà, ainsi que la représentativité de cette ville moyenne pour le phénomène urbain de la fin du Moyen Age et début de la période moderne, justifient le choix de cet espace comme terrain d'étude. L'activité des échevins namurois a produit des sources particulièrement riches pour approcher la perception de la violence par les institutions judiciaires à cette époque. L'analyse de l'encadrement judiciaire des différentes formes de violences interpersonnelles dans la ville de Namur - homicide, coups et blessures, injures principalement - entre la seconde moitié du XIVe siècle et la première moitié du XVIe siècle permet d'envisager ces transformations de perception et de traitement de la délinquance dans le champ des autorités, et donc le passage de la « sociabilité urbaine » à la « criminalisation étatique ». En effet, la violence homicide est largement tolérée par les échevins namurois au début de la période, pour autant qu'elle respecte les règles de la défense de l'honneur et de la vengeance. Cette perception de la violence se modifie peu à peu dans la seconde moitié du XVe et au XVIe siècle. Ainsi, l'action du prince, prenant appui sur les institutions provinciales et sur les procédures existantes, concurrence le système médiéval de gestion de la violence. Cette modification du système est parallèle à une criminalisation progressive de l'homicide. La violence de manière générale se définit de plus en plus comme une atteinte au prince et à l'ordre et non plus d'abord comme une offense à une personne particulière. La violence dans la ville et son encadrement constituent donc un terreau privilégié pour appréhender la construction de l'Etat moderne, dont la justice est l'un des points d'appui les plus importants.
Affiliations

Citations

Musin, A. (2008). Sociabilité urbaine et criminalisation étatique : la justice namuroise face à la violence de 1363 à 1555. https://hdl.handle.net/2078.5/38633