Influencées par une conception dichotomique du corps et de l’esprit, les théories de l’intelligence ont longtemps fait l’impasse sur les émotions. Lorsqu’elles étaient prises en compte, les émotions étaient généralement vues comme perturbatrices d’un fonctionnement intellectuel efficace. Ce n’est que très progressivement que le rôle positif et adaptatif des émotions a été envisagé. Le concept de trait de personnalité, qui incorpore des composantes émotionnelles, a permis une première approche de la complexité des relations entre intelligence et émotions. Mais le changement majeur est apparu dans les années 90 avec l’introduction du concept d’intelligence émotionnelle. Des auteurs comme Salovey et Mayer considèrent l’intelligence émotionnelle comme une composante importante du fonctionnement intellectuel qui devrait être prise en compte au même titre que d’autres composantes comme l’intelligence fluide et l’intelligence cristallisée. Plusieurs auteurs ont développé des tests d’intelligence émotionnelle sur des bases conceptuelles plus ou moins solides. Alors qu’ils faisaient l’objet de beaucoup d’attentes, ces tests n’ont malheureusement pas tenu leur promesse. Des problèmes méthodologiques, en apparence insurmontables, sont apparus et ont conduit à mettre en question la validité des mesures d’intelligence émotionnelle. La désaffection des tests d’intelligence émotionnelle s’est accompagnée d’une remise en cause de ce concept. Depuis quelques années, le concept de “compétences émotionnelles” a gagné en importance. Il permet de mieux rendre compte de la complexité des phénomènes. Plutôt que de mesurer globalement l’intelligence émotionnelle, il apparaît plus intéressant de mettre en évidence un profil de compétences émotionnelles. Par ailleurs, des actions éducatives se sont révélées efficaces pour développer ces différentes compétences. Les mesures de compétences émotionnelles apparaissent dès lors comme un complément utile des mesures traditionnelles de l’intelligence.
Grégoire, J. (2019). Intelligence et émotions. 10e Colloque des troubles des apprentissages et du développement, Dijon, France. https://hdl.handle.net/2078.5/110420