La représentation de l’ÉIC dans la Revue Générale et la Revue de Belgique reflète ce qui unit et sépare les élites belges catholiques et libérales de 1865 à 1914. Les auteurs des deux revues promeuvent la politique coloniale de Léopold II auquel ils vouent un culte que n’entache pas la campagne menée par Morel et Casement à partir de 1903. Ils plébiscitent l’annexion de l’ÉIC au royaume de Belgique au cours des années 1890 comme au début du 20e siècle. Toutefois, les raisons de leur soutien diffèrent. Les préoccupations des auteurs de la Revue Générale sont principalement humanitaires (antiesclavagisme) et religieuses (évangélisation) ; celles des contributeurs à la Revue de Belgique, impliqués pour certains dans l’aventure léopoldienne comme agents de l’ÉIC, concernent d’abord les débouchés commerciaux, même si l’éducation et l’amélioration des conditions de vie des autochtones entrent en considération. Civilisation, christianisation, exploitation, ces trois motifs de conquête et de partage de l’Afrique incarnent le sentiment de supériorité européenne et son impérialisme : les articles de la Revue Générale et de la Revue de Belgique les étalent ad nauseam, traces indélébiles d’une époque.
Warland, G. (2023). L’État indépendant du Congo au miroir de la Revue Générale et de la Revue de Belgique, 1870-1914. In Eddy Louchez & Dries Vanysacker (ed.), Fîr d’èsse walon. Études d’histoire en l’honneur du professeur Luc Courtois (1 ed., p. p. 123-134). Brepols publishers. https://hdl.handle.net/2078.5/219398