Cet article a pour objectif de jeter les bases d’une théorie médiationniste du parti architectural. Chapitre de l’axiologie, cette théorie est censée rendre compte des mécanismes rationnels dont résultent les décisions prises en matière d’architecture, qui constituent le cadre normatif de la production de l’habitat. Mais, l’axiologie n’a pas connu les mêmes développements que la glossologie ou que l’ergologie. Elle souffre de lacunes terminologiques, mais aussi d’une interprétation prohibitive et transgressive de la dialectique éthico-morale et d’une interprétation expiatoire et restrictive du réglementant et du réglementé. Ces deux interprétations empêchent de concevoir la performance morale comme le lieu de décisions éventuellement innocentes et joyeuses, et troublent la compréhension de ce que sont les formes éthiques et les faits moraux, les règles et les décisions. Nous formulons l’hypothèse que ces deux interprétations sont surnuméraires au regard du modèle médiationniste. Afin de rendre l’axiologie exploitable dans un cadre scientifique, nous proposons de déplacer le sens des vocables noloir et licence, gage et titre, et nous employons à combler les lacunes terminologiques constatées au moyen d’un vocabulaire permettant finalement de rendre compte du commandement et de l’engagement qu’affirme moralement toute décision. Nous illustrons ces discussions théoriques et terminologiques au moyen d’exemples tirés de la théorie de l’architecture de l’Antiquité et de l’Époque moderne.
Pleitinx, R. (2022). L’axiologie à l’épreuve du projet architectural, et réciproquement. Tetralogiques, 1(27), 51-83. https://hdl.handle.net/2078.5/108444 (Original work published 2022)