Regard sur soi au regard des hommes : un paradoxe insoluble pour les femmes ?
Delale, Sarah
(2024) Die unattraktive Frau und ihr emanzipatorisches Potential:Machthaberinnen,Forscherinnen,Künstlerinnen und Autorinnen(1400–1800) — accepted/in-press
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Delale, SarahUCLouvain
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Ce chapitre d'ouvrage s’appuie sur les œuvres de Christine de Pizan pour tenter de répondre aux questions suivantes : quel intérêt (ou quels avantages) les femmes de lettres ont-elles pu trouver, au cours de l’histoire littéraire, à se décrire comme laides ? Pourquoi la beauté est-elle un attribut dangereux pour la féminité, telle qu’elle est perçue et formalisée par le regard masculin ? La Cité des dames, la Mutacion de Fortune et l’Advision Cristine décrivent un paradoxe insoluble dans la manière dont les hommes définissent les femmes au début du XVe siècle. La beauté et l’apprêtement provoquent le désir masculin et seraient donc le signe que les femmes cherchent à séduire. Cette preuve de luxure retire aux femmes jusqu’à la possibilité de refuser les rapports sexuels : on ne peut plus croire leur parole. D’un autre côté, le savoir féminin (qu’il soit acquis par une éducation lettrée ou qu’il relève du bon sens moral) devrait être un signe de vertu mais il provoque lui aussi du désir, particulièrement chez les hommes sages, et entraîne des requêtes amoureuses. Il devient donc une autre preuve de luxure et prouve qu’instruire les femmes est dangereux. Ce paradoxe est confirmé autant par les échanges épistolaires du Debat sur le Roman de la rose que par la réception de Christine de Pizan à partir du XVIIIe siècle. La laideur pourrait donc être une des qualités par lesquelles la femme (et en particulier la femme de lettres) peut échapper à cette détermination culturelle – ou discursive – de son identité.
Delale, S. (2024). Regard sur soi au regard des hommes : un paradoxe insoluble pour les femmes ? In D. Maira, S. Dembruck et F. Huguenin (eds.) (ed.), Die unattraktive Frau und ihr emanzipatorisches Potential:Machthaberinnen,Forscherinnen,Künstlerinnen und Autorinnen(1400–1800). De Gruyter. https://hdl.handle.net/2078.5/103917