Le Lions Club est présent sur le continent Africain depuis les années 1950, la mission caritative a longtemps consisté en des dons de biens périssables ou de vêtements. La nouvelle génération de cadres africains fait appel à la Fondation du Lions Club International, la LCIF qui en leur octroyant des milliers de $ permet de « faire des œuvres (caritatives) importantes », telles que des bâtiments (écoles, hôpitaux). Ces projets rendent le Lions Club très visible et servent la stratégie du club internationale du Lions Club : être les plus performants et les plus nombreux. Ce principe de philanthropie stratégique (Guilhot, 2004) renforce l’association au dépend d’un Etat mais lorsqu’il est appliqué en Afrique, il montre également la condescendance, voire le dédain de la branche occidentale du Lions Clubs pour celle d’Afrique (ONG, 2006). Une description empirique (filmée) va montrer l’emprise du Club sur l’Etat, par la transmission du bien qu’elle opère, Le fait d’avoir apposé le logo du Lions Club sur celui-ci, lui permet de l’ « offrir » tout en conservant la paternité. Le maintien de la propriété du bâtiment en le transmettant à autrui est un « donner tout en gardant » ou « keeping-while-giving », comme le décrit Annette Weiner (1992). Les Lions donnent le bâtiment mais conservent le contrôle sur l’usage qui en est fait (la circulation). Ce qui leur vaudra la reconnaissance et le prestige auprès de la population. Cependant la discussion entre membres du club sur la taille et l’emplacement des logos montrera qu’en leur sein, soit ceux qui détiennent la circulation, « les Lions français » ont essayé de s’attribuer l’entièreté de la réalisation. Je propose de détailler la place des acteurs privés et étatiques à partir de cette séquence de négociation devant un bâtiment hospitalier, appelé « la maison du diabète ». Il sera finalement bien peu question des malades mais plutôt de relations post coloniales avec ceux « qui se croient encore chez eux », comme le dira un des responsables béninois.
de Hasque, J.-f. (2017). La philanthropie du Lions Clubs Béninois, une étrange circulation. Chaire Singleton, Louvain la Neuve. https://hdl.handle.net/2078.5/99611