Impact du stress prénatal sur la sensibilité viscérale et l’homéostasie intestinale à l’âge adulte

(2021) Groupe Français de NeuroGastroenterologie — Location: Rennes, France

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Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est caractérisé par des douleurs viscérales associées à des altérations du transit intestinal. La pathophysiologie du SII, qui diffère d’un patient à l’autre, est majoritairement définie par une hypersensibilité viscérale et une dysbiose du microbiote intestinal. Ce syndrome entraîne une forte diminution de la qualité de vie et est souvent associé à des comorbidités psychiatriques comme l’anxiété et la dépression, ce qui en fait une pathologie de l’axe microbiote-intestin-cerveau. Récemment, le stress et le stress prénatal ont été identifiés comme étant des facteurs de risque majeurs de la survenue des symptômes du SII, mais aussi de l’aggravation de leur sévérité. Cependant, le lien de causalité entre le stress prénatal, l’hypersensibilité viscérale, et la dysbiose du microbiote intestinal n’ont pas été établis. Nous avons émis l’hypothèse que le stress prénatal entraîne une dysbiose du microbiote intestinal, associée à un changement des métabolites bactériens, favorisant l’apparition de l’hypersensibilité viscérale et une altération de l’homéostasie intestinale dans la descendance adulte. Le stress prénatal (SP) a été induit chez des souris par une exposition à la lumière vive couplée à une contention pendant 30 minutes, 3 fois par jour, du 13ème au 18ème jour de gestation. Dans la descendance mâle et femelle adulte, nous avons évalué la sensibilité viscérale en réponse à la distension colorectale, et la perméabilité paracellulaire en mesurant la fluorescence plasmatique 4 heures après gavage avec du dextran-FITC 4kDa. Nous avons également quantifié, au niveau du côlon, l’expression de Cxcl2, Tgfβ, Ccl5, Reg3γ, Muc2, Occln, Ttf3, Mmp7, Tjp1, Penk et Ifnγ par RT-qPCR, et la concentration de lipides bioactifs par spectrométrie de masse. Le microbiote intestinal des souris a été analysé par une approche Mi-seq pour la taxonomie et par marquage FISH de l’ARN 16S pour visualiser son organisation. Les lipopeptides bactériens ont été identifiés et quantifiés par spectrométrie de masse, et leur effet sur l’hypersensibilité viscérale a été mesurée, in vivo, en réponse à la distension colorectale, après administration intra-colique. Dans la descendance des deux sexes, le SP a entraîné une augmentation significative de la sensibilité viscérale à la distension colorectale. La perméabilité paracellulaire, l’expression des gènes d’intérêt et la concentration des lipides bioactifs, sont restées inchangées. Chez les souris SP, mâles et femelles, l’organisation du microbiote intestinal était altérée, avec une augmentation de l’infiltration bactérienne dans la couche stérile de mucus. D’un point de vue taxonomique, chez les souris SP, l’abondance du genre Akkermansia était augmentée, et l’abondance de l’espèce Lactobacillus murinus/animalis était diminuée. Cette diminution était inversement corrélée à l’hypersensibilité viscérale. Cette bactérie était capable de produire deux lipopeptides liés au GABA, le C14AsnGABAOH et le C16PheGABAOH, identifiés par spectrométrie de masse. L’administration intra-colique de C14asnGABAOH, diminuait l’hypersensibilité viscérale induite par le stress prénatal. Le stress prénatal est donc suffisant pour induire une dysbiose du microbiote intestinal et une hypersensibilité viscérale à l’âge adulte. Cette étude montre que, le SP pourrait représenter un évènement déclencheur important dans le développement du SII, et que, les lipopeptides bactériens contenant du GABA pourrait être une nouvelle stratégie thérapeutique pour diminuer l’hypersensibilité viscérale chez ces patients.
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Citations

Petitfils, C. (2021). Impact du stress prénatal sur la sensibilité viscérale et l’homéostasie intestinale à l’âge adulte. Groupe Français de NeuroGastroenterologie, Rennes, France.