En 2011, sont entrées aux Archives de l’État à Louvain-la-Neuve les archives des anciennes Papeteries de Genval. D’un métrage de 173 mètres (dont 4 m de plans), ce fonds d’une richesse indéniable permet de retracer toute l’histoire de l’entreprise brabançonne, depuis sa fondation en 1904 par Auguste Lannoye jusqu’à 1980 et la mise en faillite du groupe Balamundi, auquel les papeteries avaient adhéré en 1965. Les Papeteries de Genval ne sont pas seulement une entreprise produisant du papier. Tout au long de leur existence, elles se sont caractérisées par un fort souci d’innovation, investissant avant tout le monde dans le balatum et le papier kraft. De même, la politique sociale de l’entreprise n’est pas en reste, connue pour avoir instauré mutuelle et conseils d’entreprise avant l’obligation légale. Son impact sur la physionomie de la commune est considérable, tant au niveau de la construction d’habitations ouvrières, de l’église de Maubroux ou d’une gare de triage, que du financement des écoles de la région. Si les Papeteries de Genval s’insèrent bien dans la tradition de l’industrie du papier présente dans le Roman Pays de Brabant depuis le XVIIe siècle, il ne faut pourtant pas oublier que l’entreprise possédait trois autres sites de production : Mont-Saint-Guibert, Tournai et Warneton. Des archives plusieurs fois sauvées La volonté de mettre à l’abri les archives de cette entreprise s’est manifestée dès 1984, au travers de l’asbl « Les Papeteries », active durant plusieurs années et qui se donnait également la mission de récolter des témoignages oraux. En 1991, quelques 500 mètres d’archives, qui appartiennent alors à la commune depuis leur rachat à la curatelle, sont confiées aux bons soins du Cercle d’Histoire de Rixensart et transférées au sous-sol de la villa Beau-Site (villa Hamesse, Genval). En 1998, après une rupture de la majorité en place, alors qu’un budget avait été voté deux ans plus tôt pour classer et valoriser les documents, les archives sont envoyées au parc à conteneurs. Les documents sont sauvés de justesse, grâce à la vigilance des membres du Cercle d’Histoire. En 1999, les archives sont une nouvelle fois déménagées vers l’ancien entrepôt Colruyt, situé Rue Boisacq à Rixensart, où étaient également conservées les archives communales et celles du CPAS. Elles y sont enfin triées et classées. Une liste sommaire des documents est dressée, faisant apparaître les grandes séries et les nombreuses possibilités d’exploitation du fonds : organes de direction, processus de production, infrastructure, filiales, politique sociale, statistiques, comptabilité, achats et ventes, exportation, bâtiments, rapports avec les autorités communales, dommages de guerre, sociétés absorbées, formation, recrutement et rémunération du personnel, etc. Le fonds est complété par une belle collection de photographies et d’échantillons. C’est suite à la décision du bourgmestre de Rixensart de réaffecter l’entrepôt de la Rue Boisacq que l’idée d’un dépôt des archives des Papeteries aux Archives de l’Etat est née. A peine arrivées… et déjà utilisées par les chercheurs Depuis son arrivée aux Archives de l’État, le fonds a déjà suscité l’intérêt de la part de plusieurs chercheurs de tous horizons, et notamment de la part d’une équipe de scientifiques de l’ Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA). Depuis 2006, en effet, la Direction des Monuments et des Sites de la Région Bruxelles-Capitale et l’IRPA ont mis sur pied un intéressant projet d’inventaire des papiers peints de la Région bruxelloise. Le Service d’étude des décors de monuments historiques collecte partout où il en trouve, des informations quant au type de papier utilisé, aux couleurs et motifs, aux techniques d’impression, etc. C’est dans les intérieurs historiques bruxellois ou, plus rarement, dans les collections publiques de papiers peints (Musées royaux d’Art et d’Histoire surtout) que l’équipe de chercheurs trouve son bonheur. Il s’est rapidement avéré que la réalisation d’un glossaire des papiers peints, en parallèle à celle de l’inventaire, était indispensable. Bien plus qu’un simple lexique, il a pour but de définir tout le vocabulaire lié au papier peint, depuis la technique de fabrication, jusqu’au mode de pose, en passant par les outils et la matière première utilisée. Ce travail contribue à l’étude des styles décoratifs et des agencements intérieurs. Le fonds d’archives des Papeteries de Genval recèle un ensemble important de catalogues de papiers peints et de balatum, dont certains assez rares, produits par l’entreprise elle-même ou par ses concurrents. On conserve également quelques cahiers, renfermant croquis et esquisses et permettant d’étudier le processus de création des papiers peints. Ils donneront l’occasion aux chercheurs de l’IRPA d’enrichir les illustrations de leur glossaire, notamment dans les catalogues Balamundi, d’identifier des marques de fabrique, de rattacher certains motifs déjà connus à une entreprise, d’approfondir leurs recherches sur les noms commerciaux des produits, etc.
Van Eeckenrode, M. (2012). Les archives des Papeteries de Genval aux Archives de l’État à Louvain-la-Neuve. Entre innovation technologique et politique sociale avant-gardiste. Newsletter des Archives de l’Etat, Juin. https://hdl.handle.net/2078.5/160913 (Original work published 2012)