L’intraduisible sous l’angle de la phraséologie informatique : questions théoriques et pistes de solutions pratiques

(2015) Conférence plénière lors du Colloque international « L’intraduisible : les méandres de la traduction », Université d’Evry Val d’Essonne — Location: Evry (3.December.2015)

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Les sciences humaines en général, et la linguistique en particulier font face depuis quelque temps à un reproche théorique: la part trop limitée réservée aux études statistiques. La tendance est toutefois en train de s’inverser : la linguistique de corpus utilise depuis longtemps des données statistiques, et de nombreuses disciplines concurrentes, telles que la linguistique cognitive, ont recours elles aussi aux corpus, ce qui induit également un recours à des données statistiques. Plus fondamentalement, la phraséologie théorique remet en cause certaines notions fondamentales du langage telles que la double articulation (Martinet) ou l’interaction entre syntaxe et lexique. Même si la traductologie a rompu depuis longtemps le cordon ombilical qui la reliait à la linguistique théorique, force est de constater que des notions aujourd’hui largement relativisées par les linguistes y ont toujours droit de cité. Nous examinerons le cas de la notion de mot, toujours citée par nombre de théoriciens de la traduction. Dans une perspective contrastive, le recours à de vastes corpus et à un traitement automatique du langage (TAL) permet d’entrevoir de nouveaux critères statistiques pour délimiter la part du lexique et de la grammaire dans le langage. Le TAL permet d’aborder les hypothèses théoriques sous l’angle opposé : en partant des données brutes du langage, des algorithmes informatiques mesurent les associations statistiques entre chaînes morpho-phonétiques, indépendamment de toute notion de lexique, morphologie ou syntaxe. Les données phraséologiques ainsi réunies permettent de formuler de nouvelles hypothèses à propos de la problématique de l’intraduisible, à la fois pour le traducteur et pour la machine (traduction automatique). La phraséologie informatique permet en effet de mettre en lumière, en parallèle à la gradation du spectre phraséologique (depuis les simples collocations jusqu’aux phrasèmes verbaux ou expressions idiomatiques), une palette de difficultés de traduction, qui confinent parfois à l’intraduisible lorsque les associations naturelles sont étroitement liées à la culture de la langue source.
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Colson, J.-P. (2015). L’intraduisible sous l’angle de la phraséologie informatique : questions théoriques et pistes de solutions pratiques. Conférence plénière lors du Colloque international « L’intraduisible : les méandres de la traduction », Université d’Evry Val d’Essonne, Evry. https://hdl.handle.net/2078.5/188128