Dès les premiers jours de septembre 1944 et pour la première fois de leur histoire, les sections enfance des parquets belges estampillent leurs dossiers d’un nouveau libellé : incivisme. Institutions à mi-chemin entre le pénal et le social, les tribunaux pour enfants et les établissements de rééducation pour jeunes délinquants accueilleront cette nouvelle clientèle non sans une certaine perplexité. Dans ce système dit protectionnel, dont les décisions reposent bien moins sur la gravité des faits commis par les justiciables que sur les qualités de leur milieu, les acteurs peinent à donner une réponse aux agissements antipatriotiques, surtout lorsqu’ils émanent de familles qui, selon les critères d’évaluation bien rôdés de la protection de l’enfance, apparaissent de prime abord très « convenables ». Les archives des tribunaux pour enfants offrent un angle d’approche original pour l’étude de la collaboration : celui de la jeunesse et de la famille. Néanmoins, leur repérage et leur analyse n’est pas sans embûches. Cette contribution propose de faire le point sur ces difficultés, mais également sur les potentialités de cette source particulièrement riche.
François, A. (2010). L’étude de la répression des mineurs inciviques par les tribunaux pour enfants (1944-1947). Sources et méthodes. ‘Sortir de la deuxième guerre ?’ Entre oubli, indemnisation, reconstruction et répression, Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/203446