L’autogreffe de moelle osseuse pour leucémie myéloïde aiguë (LMA) en rémission complète (RC) après chimiothérapie est fréquemment suivie d’une régénération hématologique retardée, responsable en grande partie de la mortalité et de la morbidité de la procédure. Ce travail a analysé l’activité hématopoïétique au sein de ces greffons, en comparaison avec l’activité hématopoïétique au sein de moelles de donneurs sains ou de patients autogreffés pour d’autres maladies, principalement des lymphomes. La faisabilité de l’amplification in vitro des progéniteurs et cellules souches à partir de ces greffons a été également analysée. <BR> En culture de moelle à long terme (LTBMC), les cellules mononucléées des greffons pour LMA présentent un déficit hématopoïétique qui n’est cependant pas corrélé avec la lente régénération hématologique après greffe. A l’opposé, les greffons de patients traités pour pathologie non-leucémique montrent une conservation du pool des cellules souches. Dans ce groupe, les données de la LTBMC sont corrélées avec la reprise hématologiques post-greffe. <BR> La LTBMC réalisée au départ de cellules mononucléées analyse à la fois le compartiment hématopoïétique et le compartiment stromal. Le dédicit observé pourrait donc être attribué soit à un déficit de la cellule souche hématopoïétique, soit à un déficit du microenvironnement médullaire. Afin de déterminer si les cellules hématopoïétiques sont défectives, l’activité hématopoïétique de populations purifiées de progéniteurs (CD34+DR+) et de cellules souches (CD34+DR-) a été analysée. Les cellules CD34+DR- de patients atteints de LMA en RC produisent un nombre de CFU-GM inférieur à celui produit par leurs équivalents normaux. La production de CFU-GM par la fraction CD34+DR+ est comparable à la normale. Les deux populations cellulaires de patients produisent moins de BFU-E, de HPP-CFC et de LTC-IC que les mêmes populations isolées à partir de moelle normale. Contrairement à la situation normale, la fraction CD34+DR- des patients n’est pas enrichie en LTC-IC. <BR> les conditions nécessaires à l’expansion ex vivo des cellules CD34+DR- ont été mises au point sur des cellules normales avant d’être appliquées aux cellules des patients. Nous avons montré que l’expansion de cette population primitive requiert la présence de facteurs diffusibles contenus dans le milieu de culture conditionné par du stroma médullaire. Dans ces conditions de culture permettant d’obtenir une expansion satisfaisante en progéniteurs et un maintien des cellules souches au départ d’échantillons normaux, les moelles de patients ne présentent qu’une expansion médiocre. Même en présence de hautes concentrations de Stem Cell Factor et du ligand Flt3, une faible amplification des progéniteurs et une diminution du nombre de cellules CD34+ a été observé pour les échantillons de patients. <BR> Afin de caractériser plus avant le déficit hématopoïétique des greffons pour LMA, une analyse de la viabilité et du cycle cellulaires, ainsi que la recherche de la production d’inhibiteur(s) de l’hématopoïèse par les cellules de patients ont été effectuées. Très rapidement après la mise en culture, on observe un excès de mortalité cellulaire dans les échantillons de patients par rapport aux échantillons normaux. Cette différence n’est plus observée après 7 jours de culture. Nous n’avons montré aucune évidence de blocage de la progression dans le cycle cellulaire ou de production d’inhibiteurs de l’hématopoïèse. <BR> En conclusion, les cellules souches des patients en rémission d’une LMA présentent in vitro un déficit hématopoïétique attribuable à un excès de mortalité cellulaires et à un potentiel prolifératif réduit. L’expansion ex vivo au départ de ces greffons est inapplicable dans l’état actuel de nos connaissances. Si la chimiothérapie, la maladie elle-même ou les deux sont responsable du déficit observé reste à déterminer