L’évolution du travail fait de plus en plus appel à la coopération entre professionnels, à la créativité des travailleurs. A la suite de l’entreprise, les pouvoirs publics n’ont de cesse d’exiger du "partenariat" ou de la "participation", pour produire du commun, retisser le lien social, et dépasser les cloisonnements institutionnels et sectoriels. Mais l’injonction sied mal à la coopération, et elle tend à vider de sa substance ce qu’elle appelle de ses vœux. Cette injonction fait pourtant écho à une exigence et un désir d’être-en-commun, de politique. Avec une sorte d'obstination, le désir de coopération véhicule une exigence de démocratie. Sans apparaître, pour autant, comme un remède miracle aux maux de la société, la coopération est au coeur d’un désir de puissance et de transformation du monde social. Le processus de coopération, est donc pris dans une tension qui en rend l'issue largement incertaine et le résultat toujours fragile. Comment s'organisent ces logiques contradictoires ? Comment les sujets de ces situations mettent au travail leur désir de démocratie et font valoir d'autres formes de production ? Y arrivent-ils seulement ? Cette étude-essai tente de répondre à ces questions, en s'appuyant sur plusieurs expériences très différentes : fédération de Centres sociaux, réseau santé-social, partenariat sur un quartier de la politique de la ville. La problématique de la coopération ouvre ainsi sur des questions de fond, et réinterroge l’espace du travail comme celui de la démocratie politique : Comment passer d’une coopération prescrite à un processus d’auto-affirmation et de créativité du travail ? A quelle condition la coopération peut contribuer à renouveller la démocratie, et à modifier les rapports de domination dans le travail ?
Dhume, F. (2006). La coopération dans l’action publique. De l’injonction de faire ensemble à l’exigence de commun. L’Harmattan. https://hdl.handle.net/2078.5/100604