Qu’on la considère sous l’angle de la culture populaire, du postmoderne ou du « post-exotisme », la « saga » est devenue aujourd’hui un code de référence qui n’a pas encore été (ré)investi par la théorie ni élevé au rang de concept. Pourtant, le vocable, désignant un genre spécifique dans l’histoire littéraire, a littéralement contaminé à neuf le champ à partir du XXe siècle. Le dictionnaire renvoie en premier lieu au récit historique ou mythologique scandinave et s’accorde à en reconnaître la possible extension géographique ; la racine étymologique est alors celle du « dit » au sens que lui conféraient les écrivains médiévaux. Dans un deuxième temps, au départ de la dérivation sémantique en langue anglaise, le terme désigne une histoire racontée sur plusieurs générations (l’exemple canonique donné est la famille) ; par extension, ce sens plus récent recouvre toute « longue histoire mouvementée », à l’instar d’un récit d’aventures ou d’un feuilleton à épisodes. À l’évidence, le dit scandinave historiquement attesté continue de peser sur l’imaginaire narratif, à l’instar de l’épopée. Toutefois, le poids relatif de l’épique dans l’imaginaire narratif s’est affirmé de façon constante à travers les époques, alors que la « saga » connaît une renaissance fulgurante à partir du XXe siècle et encore au XXIe. Dans le champ de la théorie littéraire, l’intérêt et la valeur de cette renaissance peuvent être saisies à travers les œuvres d’écrivains comme Tahar Ben Jelloun, Albert Cohen, Marguerite Duras, Robert Pinget ou encore Antoine Volodine, qui usent d’un système de retour des personnages qui s’est défait de l’impératif réaliste.
Citations
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Chicago
FWB
Meurée, C. (2013). Propositions pour une esthétique « sagaesque ». In Marc Quaghebeur (ed.), Les sagas dans les littératures francophones et lusophones au XXe siècle (pp. 355-375). PIE-Peter Lang. https://hdl.handle.net/2078.5/46482