Côte d’Or, Solvay, UCB, Bekaert, le groupe Coppée, les AG, Stella Artois, la Raffinerie Tirlemontoise, Remy, Delhaize, Colruyt, Au Bon Marché… Autant d’entreprises qui, dans notre imaginaire et notre patrimoine nationaux, font rayonner depuis des décennies le « savoir-faire belge » bien au-delà de nos frontières. Du chocolat à la bière en passant par les produits chimiques et pharmaceutiques, le coke, l’amidon et la grande distribution, le « petit Belge » n’a pas à rougir de la variété des domaines dans lesquels il a pu s’illustrer. Mais la « belgitude » associée à ces sociétés emblématiques ne constitue pas leur seul point commun. Toutes partagent aussi la caractéristique d’avoir été ou d’être toujours des « entreprises familiales ». Bien qu’à productions, visées et échelles différentes, ces entreprises ont donc toutes été confrontées, au cours de l’histoire, à des défis analogues exigeant une capacité à s’adapter à un monde économique sans cesse mouvant. Certaines ont pu conserver leur « ancrage belge », d’autres ont dû y renoncer en tout ou en partie, sans que toutes le vivent nécessairement comme « une perte » douloureuse. L’association, la collaboration ou le transfert vers l’étranger s’avère en effet parfois être la condition pour survivre. Car finalement, dans notre univers globalisé, la coïncidence entre monde entrepreneurial et géographie politique a-t-elle vraiment encore un sens ? Dès lors, si d’aucuns prétendent que la structure familiale est « gage de stabilité », d’autres avancent qu’elle est plutôt « condamnée à se transformer » ou qu’elle est vectrice de grandes métamorphoses, ici ou ailleurs. Tentons de comprendre ce qui se cache derrière la structure entrepreneuriale très spécifique de ces sociétés et dressons quelques hypothèses permettant d’expliquer pourquoi certaines ont pu traverser le temps plus sereinement que d’autres.
Gijs, A.-S. (2017). Les entreprises familiales en Belgique. Une structure spécifique, des destins hétéroclites. In Vincent Delcorps, Anne-Sophie Gijs et Vincent Dujardin (ed.), Paroles de patrons. Que sont devenus nos fleurons nationaux? (p. p. 393-479). Racine. https://hdl.handle.net/2078.5/73119