Les modes de perception de ce texte pluricode qu’est la bande dessinée partagent quelque parenté inattendue avec le texte poétique. En effet, la signifiance de la bande dessinée se trouve contrainte à la lecture, comme celle de la poésie, par l’effet que la forme (lecture tabulaire) produit sur le contenu narratif (lecture linéaire). Voilà peut-être qui explique la relative fortune en bande dessinée d’une forme poétique brève telle que le sonnet, qui s’observe dans des productions récentes, tant didactique (Poetry Comics de Dave Morice) qu’oubapienne (Bandes de sonnets d’Étienne Lécroart) ou qu’explicitement poétique (Self Service de Jan Baetens). Pourtant, la bande dessinée ne produit généralement pas l’obscurité sémantique propre à la poésie ; en principe, elle tend à une lisibilité maximale, conformément à sa définition primaire de culture de masse.
Glaude, B. (2011). Stylistique de la bande dessinée à travers sa fonction poétique. L’Imaginaire/The Imaginary, Montréal (UQAM). https://hdl.handle.net/2078.5/193713