Le 28 août 2000, l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est signé. C’est la pierre angulaire posée pour trouver une solution à la crise tragique qui frappe le pays depuis 7 ans. Il en faudra encore cinq pour que le principal groupe rebelle dépose les armes et que soient organisées les premières élections, et cinq de plus pour que le dernier groupe rebelle en activité se transforme en mouvement politique. Accord novateur et original par le fait qu’il institutionnalise la reconnaissance des ethnies comme ligne de clivage dans la société burundaise et par la solution qu’il apporte en fixant des quotas ethniques dans les corps de défense et de sécurité, et en prônant la « correction des déséquilibres » dans d’autres domaines de la société Pendant plus de quinze ans, l’esprit d’Arusha est invoqué par les faiseurs de paix agissant au Burundi et depuis l’extérieur de celui-ci, pour désigner le difficile mais prometteur processus de réconciliation nationale consécutif à la guerre civile. Ces dernières années, cependant, l’expression semble avoir changé de sens. Les autorités burundaises la mobilisent de manière croissante pour justifier l’engagement massif et sur un critère avant tout fondé sur l’identité ethnique, dans tous les secteurs de la société burundaise, de personnel hutu. Quelles sont les bases juridiques ce cette stratégie et de cette nouvelle interprétation de l’idée d’esprit d’Arusha ? Quelles en sont les motivations politiques ? Quelle en est la cohérence dans le cadre de l’ensemble de l’action publique burundaise ? Voici quelques questions auxquelles le présent article tente de répondre, afin de déconstruire et d’objectiver le discours politique en le remettant en perspective.
Klimis, E., & Birantamije, G. (2017). L’esprit d’Arusha, esprit d’équipe ou esprit de compétition? Burundi Research Network, conférence 2017, Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/216449