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Sortir du capitalisme exige de restructurer la vie sociale et politique à partir d’autres principes que l’exploitation de l’humain et de la nature, rendue possible par l’appropriation de ce qui peut et devrait être commun. De par son ancrage dans le contexte local et la proximité qu’elle permet avec le quotidien des communautés, mais aussi en vertu de ses capacités d’adaptation à la diversité tant humaine que non humaine, le principe communal constitue une piste essentielle à explorer. Forme territorialisée, la commune se réalise de diverses manières à travers le temps et l’espace, en fonction des conditions dans lesquelles elle émerge et des protagonistes qui la font advenir. Il s’agira donc de ne pas étouffer les potentialités du principe communal par une définition trop rigide. Mis à part l’ancrage territorial qu’elle suppose, la commune doit laisser foisonner l’inventivité de celles et ceux qui adoptent cette forme politique afin de penser et lutter pour un horizon postcapitaliste. Du moins est-il possible de délimiter, dans une perspective postcapitaliste, ce que la commune n’est pas. Elle n’est pas une simple entité administrative inscrite dans les rouages institutionnels de la machine étatique, conçue par la pensée libérale afin d’éviter la création d’entités intermédiaires entre l’individu et l’État, et donc impuissante juridiquement, exempte de capacité législative générale, dépendante d’un pouvoir centralisé et légitimée par lui. En effet, la commune s’oppose à l’institution essentielle à la bonne marche du capitalisme qu’est l’État. Elle s’y oppose non seulement en tant qu’appareil politique centralisé et descendant, composé d’une classe professionnelle de la politique séparée du reste de la population qu’elle gouverne (voir « État »), mais aussi, et surtout, en tant qu’État-nation, cette construction créée socialement qui délimite de manière exclusionnaire ce qu’est un peuple (voir « Nation »). En effet, là où la commune repose sur les interactions en face-à-face entre personnes habitant le même territoire et partageant le même quotidien, l’État-nation se fonde sur la fiction d’une communauté de semblables, qui ne peut être qu’imaginée à défaut d’être expérimentée et vécue . Le principe communal offre ainsi la possibilité de penser à nouveaux frais les fondements de l’appartenance à une communauté politique, non plus sur la base d’une citoyenneté allouée par l’État en raison de l’affiliation à un ethnos prépolitique, mais en vertu de la participation aux décisions sur les affaires communales en tant que personne affectée par celles-ci. Surtout, la commune est une forme politique résolument anticapitaliste, en opposition constante avec ce système : dans son émergence, son existence et son dépassement. Ainsi, elle a constitué un principe de structuration sociale préexistant au capitalisme, avant d’être évacuée par lui, puis reconstruite en résistance à ce système. C’est à partir de ces deux étapes – la commune avant le capitalisme et contre le capitalisme – que je propose d’imaginer ce que pourrait être la commune postcapitaliste, afin de mettre en lumière ses potentialités pour l’autogouvernement, tout en répondant aux objections quant à sa capacité à structurer la société postcapitaliste. Pour finir, il conviendra d’évoquer les différentes stratégies susceptibles de faire triompher la commune sur le capital et son défenseur, l’État.
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Citations

Van Outryve d’Ydewalle, S. (2026). Commune. In Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre (ed.), Mondes post-capitalistes (p. p. 337-350). La Découverte.