Cet article présente quelques apports des théories de l’image à la pratique de l’observation en sociologie. L’interprétation des images par leurs formes est d’abord l’occasion de rappeler qu’une observation est toujours tributaire de « concepts visuels » et des formes sociales qu’ils nous permettent de dégager dans le visible. L’évocation de la distinction établie par Barthes entre le studium et le punctum permet une transition vers une approche de l’image par les signes et la proposition d’une méthode de « description dense » proprement sémiotique. Dessous la forme symbolique, qui vaut dans sa typicité, la signification d’une image se déploie dans les régimes infra-symboliques de l’indice et de l’icône. En deçà d’une appréhension générale et de sens commun (« tiercéité »), l’expérience de l’image est irréductiblement indexicale, contextuelle (« secondéité ») et produit des interprétants intimes (« priméité »). La densité considérable des descriptions qu’il est possible de faire d’une photographie banale est alors l’occasion de penser les images comme des « phénomènes saturés » dont l’interprétation qualitative requiert une certaine durée, des possibilités de revisite et de réinterprétation. C’est à cette question de la temporalité et de l’effort d’interprétation qu’est consacrée la dernière partie de l’article, qui aborde le processus de (trans)formation du regard de l’ethnographe et le rôle qu’y jouent l’abduction et l’imagination sociologique.
Berger, M. (2023). Ethnographie et visual studies : Quelques apports des théories de l’image aux pratiques d’observation et de description. SociologieS, Revue en ligne. https://doi.org/10.4000/sociologies.21889 (Original work published 2023)