Une recherche concernant les conflits relatifs à la création des Mosquées en Belgique a été conduite dans le courant des années 2008 et 2009. Cette recherche a été réalisée dans le cadre d’une vaste recherche européenne coordonnée par le professeur Stefano Allievi conduite sur l’initiative de la fondation NEF. Le texte de cette recherche a été publié dans http://www.nef-europe.org/wp-content/uploads/2013/03/mosques-in-Europe-fullpdf.pdf. Le coordonnateur de cette recherche a également publié une synthèse dans http://www.nef-europe.org/wp-content/uploads/2013/03/Conflicts-over-mosques_NEF-RelDem-RELIGION-MOSQUES-Final-1.pdf. Ayant été publiée en anglais, cette étude n’a malheureusement pas été fort connue par le public francophone. À quelques années de distance, il nous est apparu utile de publier la version française de la recherche réalisée en Belgique à partir de trois cas de conflits autour des mosquées. Les réalités politiques concrètes, majorités politiques, bourgmestres, acteurs ont changé depuis lors. Aujourd’hui ces trois cas ne sont plus des cas de conflit, car ils ont trouvé une solution, au moins relative. Ce qui nous fournit un premier enseignement : les conflits ne sont presque jamais définitifs ; ils ne sont pas toujours à classer dans un état définitivement néfaste des relations. Ils sont souvent des épisodes de tensions qui, comme l’enseignait le sociologue allemand Georg Simmel, peuvent être utiles pour faire mûrir la réflexion et faire émerger des solutions. Les conflits malgré tout créent du lien social. De toute manière, le conflit est inhérent à la vie collective. Et toute la force des sociétés consiste à faire évoluer les conflits, à les gérer et à trouver des espaces de négociation. Si les conflits spécifiques autour des trois mosquées que nous analysons ne sont plus d’actualité, il n’en reste pas moins qu’ils sont emblématiques et restent très utiles pour éclairer des logiques de conflit, les raisons à partir desquels des conflits émergent, et les processus qui contribuent à des résolutions de conflits. Et c’est la raison pour laquelle nous pensons utile de faire connaître ce travail à un lecteur francophone. Au lieu d’avoir une attitude morale qui condamne ou accuse, les uns de vouloir imposer l’islam ou les autres d’être islamophobes, les sciences humaines et sociales, par leur approche analytique, peuvent contribuer à éclairer les enjeux, à cerner les raisons d’être des positions et attentes respectives et à les mettre dans une perspective, à trouver les voies d’une possible solution, que les acteurs en présence, au moins ceux de bonne volonté, peuvent parvenir à atteindre. Les cas de conflit au sujet de l’édification ou de la transformation de lieux de culte sont finalement rares en Belgique de même que les cas d’hostilité à l’égard de mosquées par des graffitis ou agressions violentes. Et les musulmans semblent en général avoir trouvé une voie moyenne pour réaliser leurs projets. Mais l’un ou l’autre cas de conflit émerge de temps en temps. Autant disposer de quelques outils tirés des leçons du passé.
Dassetto, F., & Ralet, O. (2015). Relations entre musulmans et non-musulmans. Conflits autour de la création de mosquées en Belgique : Études de trois cas et perspectives générales. Les Essais et Recherches en ligne, 1-24. https://hdl.handle.net/2078.5/73439 (Original work published 2009)