Dans les ensembles d’habitations construits au XXe siècle pour une génération de babyboomers, le vieillissement de la population habitante et les conditions de son maintien à domicile apparaissent comme des problématiques majeures pour nos sociétés contemporaines. Dès leur construction, ces ensembles se distinguent par une structure démographique particulière caractérisée par une sur-représentation des enfants de moins de 10 ans et, a contrario, par la « quasi absence des générations âgées » . Malgré l’incitation de l’État français à la propriété et à la maison individuelle dans les années 1970, provoquant le départ des ménages des classes moyennes, une partie de la population demeure sur place, une population aujourd’hui vieillissante. Il en va de même pour les familles de travailleurs immigrés, réunies par le regroupement familial, à partir des années 1970. Or, le modèle de la famille consacré par P.-H. Chombart de Lauwe dans « Familles et habitations », est celui de la famille nucléaire, soit un couple et ses deux enfants. Dans son enquête réalisée en 1960, fort est de constater que les architectes interrogés n’appréhendent la cellule d’habitation qu’en réponse à ce modèle figé sans envisager l’évolution de la famille dans le temps. Peu de recherches se concentrent sur l’adaptation d’un habitat existant au maintien à domicile des personnes âgées. Or c’est précisément dans les ensembles d’habitations construits au cours du XXe siècle que la concentration de personnes de 65 ans est la plus forte et ira en grandissant . Parmi ces personnes et pour différentes raisons, beaucoup souhaitent rester le plus longtemps possible dans leur logement . C’est le constat que nous avons fait dans les grands ensembles toulousains, au terme d’un projet de recherche de 3 années dans le cadre du programme national « Architecture du XXe siècle, matière à projet pour la ville durable du XXIe siècle ». Sur la base de cette récherche, nous sommes en mesure d’apporter des éclairages sur des conditions spatiales et relationnelles propices au maintien à domicile des personnes âgées et assurant ainsi les habitations existantes de leur capacité à accueillir les évolutions démographiques. Nous avons émis l’hypothèse que, du fait de leur durée de résidence, les personnes âgées mettaient en place certaines dispositions en vue d’un mieux vieillir sur place. Ces actions pouvant être à la fois physiques (adaptations à l’intérieur des logements) comme immatérielles avec la création de réseaux de solidarités, ou le développement de pratiques d’entraide. L’analyse ethno-architecturale (combinant relevé habité, entretien semi-directif et photographie) et le récit de vie nous ont permis de faire émerger les formes et les conditions de telles pratiques dans deux copropriétés toulousaines, Ancely (800 logements) et Belle Paule (350 logements). La gouvernance apparaît comme un levier d’action important dans le maintien à domicile des personnes âgées avec notamment la question du relogement (mutation), de la rénovation des logements, de la valorisation des dynamiques associatives et la reconnaissance d’une mémoire habitante. Ce constat nous a amené à interroger la prise en compte du vieillissement par différents types de gouvernance et à questionner les organismes HLM de la région toulousaine. Trois entretiens ont été menés avec Toulouse métropole Habitat, Les Chalets Séniors et ICF Atlantique. En croisant terrains et méthodes, cette communication entend faire remonter les possibles du maintien à domicile des personnes vieillissantes, conditions à la fois spatiales et relationnelles, entre initiatives particulières et actions des organismes sociaux.
Courbebaisse, A. (2021). Conditions spatiales et relationnelles au bien vieillir chez soi. Journées Jeunes Chercheurs Réseau Habitat Logement (REHAL), Champs-sur-Marne. https://hdl.handle.net/2078.5/165647