Inscrire la voix dans la littérature française contemporaine : mythologie, éthique, poétique et politique de la voix chez Jacques Rebotier et François Emmanuel

Mathey, Estelle
(2017)

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  • Mathey, EstelleUCLouvain
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Piret, Pierre
Abstract
(fr) Les rapports entre voix et littérature, loin de souligner simplement le lieu commun métaphorique de la présence de l’auteur projetée par le lecteur, charrient avec eux un ensemble de dynamiques et de processus de dévoilement complexes engageant toute relation intersubjective dans ses dimensions aussi bien physiques et corporelles que symboliques et identitaires. Que ce soit sur le plan imaginaire de la lecture silencieuse ou plus concret de la lecture à voix haute, la voix qui parvient à percer la nappe de la parole en faisant entendre son intonation, sa musicalité, son timbre unique, participe à un autre ordre de révélation que celui de la signification, rattaché au corps et à l’intuition sensitive, et investit le symbolique, opérateur du lien social. En se déployant dans ces différents registres, la voix se confronte à l’expérience de l’altérité, affirme son caractère pluriel et son potentiel expressif. L’enjeu de l’étude d’un tel objet fuyant se justifie d’autant plus depuis que les nouvelles technologies vocales en ont permis l’enregistrement et la diffusion à une échelle inégalée, forçant la réflexion sur l’identité du sujet, confronté à l’écoute inédite de voix sans corps. Assimilant l’utopie sociétale de la capture de la voix par les récents dispositifs technologiques et médiatiques, la littérature rend compte d’un intérêt croissant pour l’objet voix en lui accordant des vertus téléologiques : la voix devient le moteur d’une quête vers un autre degré de sens, augure d’un basculement et porte la vie affective du sujet, dans une oscillation entre fascination et répulsion face à la vérité sensible et impalpable à laquelle elle confronte. Cependant, malgré ce qui se présente comme une facilitation de son écoute sur le plan individuel, la voix propre subit la menace d’une inaudibilité sociétale face à la masse bruyante des discours en raison précisément de ces mêmes possibilités d’expansion accrues, au détriment de la qualité de l’échange intersubjectif. Dans ce contexte, la voix reconduisant au corps par la faculté d’écoute et proclamant l’émancipation de la signification univoque et des réseaux de sens conventionnels endosse plus fortement encore une valeur subversive et salvatrice dans la recherche d’une expressivité qui dépasserait les impasses du discours et les écueils d’une parole dévoyée et stéréotypée. Parce que son unicité fait entendre la singularité du sujet, elle permet au sujet contemporain d’investir, dans le silence bruissant du texte littéraire, l’espace de l’intimité à l’abri de l’anarchie sonore du corps social. La problématique de notre thèse vise ainsi à étudier la manière dont la littérature contemporaine, partant de sa matière textuelle, donne à entendre la singularité de la voix comme point de résistance à la déprise du sens, étouffé par la masse bruyante et diffuse des discours sociaux. À travers les œuvres de Jacques Rebotier et de François Emmanuel, quatre versants de la voix seront abordés, mythologique, éthique, poétique et politique, pour saisir la tension qu’elle aménage entre l’espace intime de l’individu et l’espace public du collectif.
Affiliations

Citations

Mathey, E. (2017). Inscrire la voix dans la littérature française contemporaine : mythologie, éthique, poétique et politique de la voix chez Jacques Rebotier et François Emmanuel. https://hdl.handle.net/2078.5/39142