Tribune. Les premières articulations du capitalisme mercantiliste et industriel lors de la traite transatlantique mettent en évidence le rôle de combustible de certaines populations racisées : Indiens, Noirs et Jaunes. L’analyse voltairienne du « Nègre de Surinam » dans Candide, dont mains et jambes amputées ont servi de carburant et d’incitation à produire en toute docilité, l’illustre parfaitement. « Le Nègre de Surinam » est l’incarnation de la face raciale des inégalités sociales et multiformes qui, de façon séculaire, ont détruit au sein du capitalisme les équilibres nécessaires entre le social, l’environnement et l’économique. Le sang, le meurtre, la pendaison et le travail servile qui, à cette époque, étaient de bons mortiers pour le capitalisme, se révèlent aujourd’hui, à travers la problématique du climat, être le retour du fantôme d’un monde défiguré par le capitalisme, un monde sous l’emprise de la « raison nègre » à laquelle fait allusion le philosophe Achille Mbembe.
Amougou, T. (2019). Climat : Nous sommes tous dans le même bateau, mais tous n’ont pas accès aux canots de sauvetage. Le Monde. Published. https://hdl.handle.net/2078.5/95092 (Original work published 2019)