Les trente dernières années de l’urbanisme algérien de manière générale et algérois de manière plus particulière, sont marquées par l’apparition de nouveaux acteurs dans la production de l’espace urbain. Après une domination quasi absolue de l’acteur public dans le champ de l’urbanisme, et notamment de la production de logements et d’infrastructures, des acteurs autrefois marginaux se sont retrouvés au-devant de la scène urbaine. Les autoconstructeurs et les promoteurs immobiliers privés ont profité de la crise économique des années 1980 et politique des années 1990 pour se faire une place de plus en plus importante dans le paysage urbain algérois. Leurs productions sont souvent critiquées par le discours des acteurs publics qui y voient de « l’anarchie », une esthétique qui ne correspond pas aux aspirations métropolitaines et un espace de non-respect des règlements urbanistiques. Depuis les années 2000, l’acteur public est revenu sur la scène urbaine, après une absence de plus ou moins 20 ans. Les revenus des hydrocarbures ont permis la relance de plusieurs projets à l’arrêt et le lancement de nouveaux projets, notamment de logements et d’infrastructure. La volonté affichée par les pouvoirs publics est double : relancer l’économie nationale et inscrire Alger dans une dynamique monde à travers des processus de métropolisation d’une part, et répondre aux besoins sociaux locaux par l’investissement massif dans la création de logements d’autre part. La communication que nous proposons pour ces journées APERAU-2016 explore les récits urbanistiques portés par les acteurs publics et les confronte au récit de la ville en train de se faire. En effet, d’après une étude menée le long du tramway d’Alger, nous avons pu mettre en avant les paradoxes des récits urbains algérois. La production urbaine issue des récits officiels contribue d’une certaine manière aux processus de métropolisation, mais entraîne souvent une fragmentation urbaine, à la fois sociale et spatiale. Or, la ville autoconstruite, bien que critiquée par le discours officiel, semble quant à elle fabriquer des continuités qui dépassent la fragmentation spatiale d’une part, et semble prendre le pas sur les processus de métropolisation par des initiatives privées qui s’adaptent plus facilement à la dynamique métropolitaine. L’étude que nous avons menée est avant tout un travail morphologique, mais qui prend en considération les jeux d’acteurs et les récits portés par ces derniers. Nous y identifions les formes urbaines produites par chacun des acteurs public, privé ou de la société civile. Elles sont formellement différentes et agissent différemment sur l’espace et sur les dynamiques de la ville. L’étude montre clairement le décalage entre la réalité de la ville, ou de ce que nous pourrions appeler « récit urbain » ou « récit de ville », et les discours et projets portés par les acteurs publics, ou ce que nous qualifions de « récit urbanistique ».
Mezoued, A. (2016). Métropolisation, fragmentation et formes urbaines à Alger, ou les paradoxes des récits urbains algérois. Colloque APERAU, Louvain-la-Neuve. https://hdl.handle.net/2078.5/167478