L’inaction des gouvernements, l’inertie des populations, l’insensibilité ou l’insensibilisation des corps et âmes historiquement constitués, sont des thèmes récurrents dans le débat environnemental. Ils sont le plus souvent évoqués lorsqu’il s’agit de réfléchir aux raisons pour lesquelles « rien n’est fait » face au réchauffement climatique et à la destruction systématique des milieux et terres de vie à travers les continents. Pourtant, à force de répéter que la civilisation thermo-industrielle et le capitalisme ravagent la planète, que la catastrophe est imminente et que personne ne fait rien pour l’éviter, ou si peu, le risque est réel que l’on rate l’essentiel c’est-à-dire que l’on manque de voir à quel point des acteurs du commerce mondial et les multinationales, elles, se préparent à affronter les bouleversements écologiques annoncés. De porter le regard sur ces préparatifs permet alors de situer l’enjeu autrement : la question n’est pas tant de savoir comment se sensibiliser ou s’activer ou s’attacher (enfin) au territoire pour défendre celui-ci (comme si on avait perdu cette capacité en plus des attachements) mais de savoir comment se saisir de, s’en prendre à, trouver des leviers dans, les transformations et orchestrations territoriales en cours et ce avec les attachements territoriaux déjà en place. Il s’agit de prendre à bras-le-corps le présent c’est-à-dire de plonger dans le magma ambivalent de ce qui est en train de se préparer en coulisses au nom de la transition écologique. Car un avenir écologique est bel et bien en cours de fabrication et, comme le montre une poignée de chercheurs depuis quelques années, il risque d’être catastrophique. Cette communication traitera du Port d’Anvers dans l’idée que, parmi les « autres » récits et études qu’il nous faudrait aujourd’hui, il y a ceux qui portent sur l’industrie.
Zitouni, B. (2019). L’Hinterland du Port d’Anvers. Zones narratives : comment les récits composent-ils des mondes ?, Université Libre de Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/226315