Ingénierie électorale et choix politiques en RDC : Plaidoyer pour la dissolution de la CENI et le renforcement institutionnel du Ministère de l’Intérieur et du Pouvoir judiciaire
À partir de la persistance des violences cycliques graves en lien avec le processus électoral et son corollaire de la crise de légitimité politique ; la présente réflexion vise à démontrer comment la démocratisation viciée par le désengagement néolibéral de l’Etat a fait des élections un outil de fragilisation de l’Etat en RDC en particulier et en Afrique en général. Voulant dépasser les critiques théoriques de la « déconnexion » et/ou du « réductionnisme » de l’objet électoral africain, la présente analyse introduit un débat autour de l’efficacité même des modèles des commissions dites « indépendantes » ayant été présentées comme « panacées électorales » et adoptées par certains Etats africains dont la RDC. S’agissant typiquement de la RDC, la réflexion propose une dissolution pure et simple de la CENI, organe mis en place par le Constituant pour l’organisation centralisée des élections. La réflexion propose la substitution de la CENI par un renforcement institutionnel du Ministère de l’Intérieur à travers ses démembrements territoriaux en amont et du Pouvoir judiciaire en aval ; deux véritables instances publiques incontournables du débat électoral congolais. L’argument central de cette réflexion critique la démarche néolibérale née des réformes politiques des années 1990 qui légitiment la responsabilisation des élections aux organes autonomes vis-à-vis du Gouvernement (de type CENI). Celles-ci présentent en réalité la fâcheuse tendance de jeter l’eau du bain (autoritarismes des dictatures passées) avec le bébé (nécessité d’un Etat fort à travers les services publics consolidés et non fragilisés) tout en accroissant une managérialisation favorable au format néolibéral de l’Etat, lequel est de plus en plus vidé de sa substance. Constatant que le processus électoral dans sa structuration actuelle semble pris au dépourvu par des « corps intermédiaires » telle que la « société civile » ; la réflexion pose l’urgence de remettre chaque acteur dans sa véritable casquette sociopolitique. Plaidant d’abord l’urgence d’une responsabilisation électorale gouvernementale aux fins de la refondation de l’Etat, dans sa dimension classique qui peine à s’affirmer, la réflexion critique la CENI d’être politisée dans ses choix antinomiques préparant le lit d’incontournables contestations politiques, nuisibles pour l’unité nationale qui est du reste précaire. La réflexion voit dans la CENI, un mécanisme dépossédant le service public classique de ses missions régaliennes au-delà d’être un service très budgétivore dans un Etat au budget maigre. Il s’ensuit que la CENI semble davantage être une institution aménagée uniquement pour satisfaire à des choix politiques par le haut, en déconnexion quasi-totale des choix politiques par le bas, notamment auprès des entités territoriales décentralisées qui deviennent les premières victimes du format centraliste de la CENI, malgré sa relative déconcentration. C’est donc en remettant le Ministère de l’Intérieur et le Pouvoir judiciaire au centre du processus électoral que la réflexion propose une refondation de l’Etat par la décentralisation totale de la question électorale au sein des entités territoriales autonome à travers la supervision/inspection ministérielle et/ou judiciaire et ce par un contrôle uniquement technique mais pas politique.
Baraka Akilimali, J. (2020). Ingénierie électorale et choix politiques en RDC : Plaidoyer pour la dissolution de la CENI et le renforcement institutionnel du Ministère de l’Intérieur et du Pouvoir judiciaire. ANGAZA INSTITUTE. https://hdl.handle.net/2078.5/110404