La démocratie comme forme de vie : du tissage entre institutions et pratiques sociales

(2022) Ateliers Doctoraux “usages contemporains des anciens” — Location: Université de Franche-Comté, Besançon (12.January.2022)

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De nos jours, les tenants de la démocratie dite « radicale » ont tendance à rejeter en bloc les institutions politiques, selon eux nécessairement liées à la délégation du pouvoir qui caractérise notre démocratie représentative, et à considérer que la « vraie » démocratie se réinventerait désormais dans les marges, dans des pratiques sociales allant des squats communautaires avec des « sans-papiers » à l’organisation de fêtes sauvages, en passant par les « zones à défendre » (ZAD) telles que Notre-Dame-des-Landes (Voir le Collectif Mauvaise Troupe, Constellations. Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIème siècle, l’Éclat, 2014, pour une première tentative de cartographie de ces initiatives). Il est dès lors surprenant que celles et ceux qui cherchent à s’inspirer de la principale démocratie ancienne que nous connaissions, la cité athénienne, négligent l’étude de ses pratiques sociales pour se focaliser sur une procédure : le tirage au sort. Dans cette conférence, je souhaiterais montrer à l’aide de différentes sources comment la démocratie athénienne a pu exister et surtout perdurer grâce à un tissage subtile entre des institutions politiques et des pratiques sociales. Le tirage au sort de certaines magistratures n’aurait eu aucun sens si cette procédure ne s’était pas insérée dans un maillage institutionnel fournissant une forme d’éducation continue à la politique. Par exemple, l’assemblée regroupant tous les citoyens et chargée des décisions les plus importantes (voter les lois, décider des grands travaux d’urbanisme, de la création d’une nouvelle colonie, etc.) se réunissait environ une fois par semaine. En parallèle, certaines pratiques sociales, pour nous sans lien avec la politique, semblent avoir joué un rôle central dans l’acquisition d’un certain èthos démocratique. Aristote évoque ainsi les chœurs, les banquets et les sacrifices comme exemples d’activités où les citoyens « communaient » (j’ai forgé ce néologisme pour traduire la puissance du verbe koinônein), créant ainsi ensemble une forme de « penser-semblable » ou de concorde (homonoia), qui les rendait capables de juger et de prendre des décisions communes au sujet des affaires de la cité. Dès lors, si vous voulons, réellement, penser et agir en vue d’un renouveau de la démocratie directe, il nous faut désintriquer l’institution du régime de la représentativité ; créer des institutions de démocratie directe, seules capables de la rendre pérenne et donc de dépasser l’échec de mouvements tels que ceux des Places, dont l’essoufflement fut lié à leur caractère événementiel et à leur refus de toute forme d’institutionnalisation ; et il nous faut aussi réinventer des pratiques sociales créatrices de commun à une large échelle.
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Citations

Klimis, S. (2022). La démocratie comme forme de vie : du tissage entre institutions et pratiques sociales. Ateliers Doctoraux “usages contemporains des anciens”, Université de Franche-Comté, Besançon.