Les usages sécuritaires de l’Europe dans la lutte contre l’immigration irrégulière au Niger

Dauchy, Alise
(2019) 15e Congrès de l’AFSP, ST 44 : Saisir les transformations de la sécurité intérieure européenne au prisme des acteurs — Location: Bordeaux (2.July.2019)

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Le 12 novembre 2015, lors du Sommet de La Valette réunissant des chefs d’États européens et africains, le Président Juncker lance avec plusieurs États membres, et d’autres donneurs, un fonds d’urgence européen pour s’attaquer aux causes de l’immigration irrégulière en Afrique. La Commission européenne présente ce fonds fiduciaire comme un nouvel engagement européen, en partenariat avec les États membres (EM) et les États africains, pour « la promotion des mêmes opportunités économiques, la sécurité et le développement ». Les États membres sont invités à y contribuer bien que la plus grande partie du fonds provient du Fonds européen au développement ; de 1,8 milliard d’Euro en 2015, le Fonds fiduciaire s’élève à environ 4,3 milliards en 2019 et la mise en œuvre des actions est en partie assurée par les agences de coopération des EM, des ONGs, des entités publiques et semi-privés européennes. Au Niger, premier pays bénéficiaire de ce Fonds fiduciaire en Afrique de l’Ouest, les actions intègrent la protection des migrants ; leur retour dans leur pays d’origine ; la formation et la création d’opportunités économiques ; la prévention des conflits ; la lutte contre les réseaux criminels et le trafic d’êtres humains ; et la gestion des frontières. L’approche européenne repose en effet sur le nexus « sécurité-développement-migration » et postule que la sécurité humaine et le développement local des pays bénéficiaires préviendraient l’immigration. Le Niger, qualifié de « pays de transit » des migrant.e.s par les institutions internationales est en effet un des axes de circulation privilégiés des populations de la région, dont la mobilité s’inscrit traditionnellement dans une logique de migration classique limitée à la Libye et aux pays du Maghreb (Bensaâd, 2003), et constitue un pays d’accueil des populations déplacées à la frontière malienne et nigériane. Dès le Sommet de La Valette de 2015, le Président de la République du Niger, Mahamadou Issouffou, s’engage fermement en faveur de la coopération euro-africaine dans un contexte de mise en visibilité des « drames de l’immigration dans le désert », suite à la découverte fin 2013 des corps de 92 nigérien.ne.s, principalement des femmes et des enfants mort.e.s dans le Nord du pays alors qu’elles tentaient de rejoindre l’Algérie. Une loi contre le trafic illicite de migrant.e.s (Loi 2015/036) est ainsi adoptée en mai 2015 afin de lutter contre les réseaux de passeurs et participe à la diffusion de pratiques sécuritaires et de contrôle des Forces de Sécurité et de Défense nigériennes avec l’appui d’acteurs européens. Cette communication s’intéresse aux actions en matière de lutte contre le trafic de migrant.e.s et de gestion des frontières à partir d’une étude « par le bas » de trois acteurs européens : GAR-SI Sahel, EUCAP Sahel-Niger et AJUSEN Sécurité et Justice. Alors que la migration apparaît problématisée comme un enjeu sécuritaire au Niger depuis 2015 et en partant du postulat que l’UE opère un transfert de politiques publiques et participe à une sécuritisation (Bigo 1996, 1998) des migrations au Niger, cette communication interroge le processus d’européanisation à l’œuvre en étudiant trois acteurs européens engagés dans le champ de la sécurité au Niger (GARSI, EUCAP, AJUSEN) afin de tenter d’évaluer l’impact ou l’influence de leur actions sur l’européanisation de la sécurité intérieure, en s’intéressant en particulier au degré d’intégration et de fragmentation des acteurs. Pour cela, un séjour de recherche a été réalisé au Niger de juin à novembre 2018, durant lequel des entretiens semi-directifs ont été conduits avec les acteurs GAR-SI Sahel, EUCAP Sahel-Niger et AJUSEN, et cette communication s’appuie sur l’étude des plans d’action et documents de travail de la Commission européenne. Elle s’inscrit dans un projet d’article en cours et constitue une première restitution de mon terrain au Niger. Une première partie théorique revient sur l’association des enjeux migratoires et sécuritaire au sein de l’UE ainsi que sur le transfert de cette problématique de l’UE vers des États tiers. La deuxième partie présente les acteurs en décrivant leurs objectifs et leurs capacités respectives au Niger, avant, dans une dernière partie, de tenter d’apporter des éléments de compréhension à une analyse du processus d’européanisation de la sécurité intérieure européenne au prisme de l’action des acteurs au Niger.
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Dauchy, A. (2019). Les usages sécuritaires de l’Europe dans la lutte contre l’immigration irrégulière au Niger. 15e Congrès de l’AFSP, ST 44 : Saisir les transformations de la sécurité intérieure européenne au prisme des acteurs, Bordeaux. https://hdl.handle.net/2078.5/170240