Dès 1924, l’entreprise surréaliste lancée à Bruxelles par Paul Nougé parvient à se distinguer de celle ayant cours à Paris par une série de principes dont le plus paradoxalement programmatique consiste en le refus pur et simple de faire œuvre. Cela n’empêche pas Nougé de rapidement se distinguer, aussi bien à l’époque qu’aux yeux de l’histoire littéraire, comme un des principaux animateurs du groupe et théoricien du mouvement surréaliste. En recourant à l’appareillage de l’analyse discursive (les notions d’ethos et de posture, spécifiquement), l’article interroge la façon dont l’auteur nougéen s’est effacé derrière l’énoncé nougéen. En d’autres mots, comment Nougé s’est-il construit une autorité publique, une auctorialité dont les stratégies lui ont permis d’asseoir sa position de chef de file et de tête pensante du surréalisme de Bruxelles, sans pour autant renoncer à son désir d’abolir l’idée d’œuvre ?
Thiry, M. (2020). L’insoutenable posture de Paul Nougé. Les Lettres Romanes, 74(1-2), 125-138. https://hdl.handle.net/2078.5/117460 (Original work published 2020)